Du terrorisme à la répression
167
Que l’on sache, il n’y eut pas de commission d’enquête de l’ALN
pour le double massacre de la nuit du 30 mai 1957, deux jours après le
drame de la Mechta Kasbah63...
Ce 30 mai 1957, vers 20 h 30, une trentaine de rebelles font irruption
dans les fractions Ouled Zerrouki et Ouled Benkhoua de la Commune
d’Aïn-Manaa, à dix-huit kilomètres de Saïda, rassemblent tous les
hommes valides et les regroupent dans la ferme de M. Sahli Kadda. À
23 heures environ, le chef de la bande s’adresse aux quelque quatrevingts personnes présentes et leur annonce qu’une importante communication du FLN va leur être transmise, puis il ordonne que toutes les
issues de la propriété soient bouclées.
Quelques instants plus tard, ceux que l’on peut désormais considérer
comme des prisonniers voient, avec effarement, les hommes de l’ALN
les viser avec des mitraillettes, des fusils de guerre ou des fusils de
chasse qu’ils chargent de chevrotines. Le feu part de tous côtés, les
hommes s’effondrent, et comme il reste des blessés, on les transporte
dans une pièce, puis on les achève à la hache et au couteau. La tuerie
n’a duré que quelques minutes. Trente hommes ont réussi à s’échapper,
26 ont été tués, 21 blessés ont été conduits à l’hôpital de Saïda.
Vers minuit, ce 30 mai, une quinzaine d’hommes armés interviennent
dans la fraction Ouled Sidi Cherif de la Commune de Wagram et
regroupent, de la même manière, les hommes valides qu’ils conduisent
dans la demeure de M. Belkacem Mostepha. Suit un interrogatoire sur
les activités des prisonniers... Est-il exact que certains d’entre eux travaillent dans la ferme « De Coulon », que d’autres ont bénéficié de
lots communaux *
récemment répartis par la SAS de Wagram ? Sur des
réponses affirmatives, les rebelles ouvrent le feu... Huit prisonniers sont
tués, quatre blessés peuvent prendre la fuite.
* L’une des réformes qui tenaient à cœur à Robert Lacoste : la redistribution de terres, qui ne porta
d’ailleurs que sur des surfaces réduites, au profit des fellahs. Boycottée par le FLN, elle coûta effectivement la vie à nombre de ses bénéficiaires.
Prévenus à 7 heures, le 31 mai, de ce second massacre par M. de
Coulon, le commandant de section, les gendarmes d’Aïn el-Hadjar et
l’administrateur de la Commune mixte de Saïda se rendent sur les lieux
du massacre, pour constater d’abord que l’officier SAS de Wagram
avaient déjà pris l’initiative de faire transporter les blessés à l’hôpital
de Saïda, faire le recensement des douilles des armes utilisées — dont
plusieurs pistolets-mitrailleurs — et recueillir les témoignages. « Ils
étaient revêtus de tenues militaires, coiffés de casquettes ou de chapeaux de brousse, déclareront des rescapés qui accepteront de parler.
Ils parlaient entre eux dans un arabe qui n’est pas celui du pays. »
Certains diront avoir reconnu des expressions marocaines.
167
Que l’on sache, il n’y eut pas de commission d’enquête de l’ALN
pour le double massacre de la nuit du 30 mai 1957, deux jours après le
drame de la Mechta Kasbah63...
Ce 30 mai 1957, vers 20 h 30, une trentaine de rebelles font irruption
dans les fractions Ouled Zerrouki et Ouled Benkhoua de la Commune
d’Aïn-Manaa, à dix-huit kilomètres de Saïda, rassemblent tous les
hommes valides et les regroupent dans la ferme de M. Sahli Kadda. À
23 heures environ, le chef de la bande s’adresse aux quelque quatrevingts personnes présentes et leur annonce qu’une importante communication du FLN va leur être transmise, puis il ordonne que toutes les
issues de la propriété soient bouclées.
Quelques instants plus tard, ceux que l’on peut désormais considérer
comme des prisonniers voient, avec effarement, les hommes de l’ALN
les viser avec des mitraillettes, des fusils de guerre ou des fusils de
chasse qu’ils chargent de chevrotines. Le feu part de tous côtés, les
hommes s’effondrent, et comme il reste des blessés, on les transporte
dans une pièce, puis on les achève à la hache et au couteau. La tuerie
n’a duré que quelques minutes. Trente hommes ont réussi à s’échapper,
26 ont été tués, 21 blessés ont été conduits à l’hôpital de Saïda.
Vers minuit, ce 30 mai, une quinzaine d’hommes armés interviennent
dans la fraction Ouled Sidi Cherif de la Commune de Wagram et
regroupent, de la même manière, les hommes valides qu’ils conduisent
dans la demeure de M. Belkacem Mostepha. Suit un interrogatoire sur
les activités des prisonniers... Est-il exact que certains d’entre eux travaillent dans la ferme « De Coulon », que d’autres ont bénéficié de
lots communaux *
récemment répartis par la SAS de Wagram ? Sur des
réponses affirmatives, les rebelles ouvrent le feu... Huit prisonniers sont
tués, quatre blessés peuvent prendre la fuite.
* L’une des réformes qui tenaient à cœur à Robert Lacoste : la redistribution de terres, qui ne porta
d’ailleurs que sur des surfaces réduites, au profit des fellahs. Boycottée par le FLN, elle coûta effectivement la vie à nombre de ses bénéficiaires.
Prévenus à 7 heures, le 31 mai, de ce second massacre par M. de
Coulon, le commandant de section, les gendarmes d’Aïn el-Hadjar et
l’administrateur de la Commune mixte de Saïda se rendent sur les lieux
du massacre, pour constater d’abord que l’officier SAS de Wagram
avaient déjà pris l’initiative de faire transporter les blessés à l’hôpital
de Saïda, faire le recensement des douilles des armes utilisées — dont
plusieurs pistolets-mitrailleurs — et recueillir les témoignages. « Ils
étaient revêtus de tenues militaires, coiffés de casquettes ou de chapeaux de brousse, déclareront des rescapés qui accepteront de parler.
Ils parlaient entre eux dans un arabe qui n’est pas celui du pays. »
Certains diront avoir reconnu des expressions marocaines.
