160
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Le jeudi 30 mai, le 8e spahis de Combette, qui a enfin reçu les renforts de deux autres pelotons, atteint la Mechta Kasbah. Les militaires
réalisent les proportions et l’horreur de la tuerie et, selon le colonel Roland, « protègent la population qui enterre pendant toute la journée 302 cadavres ». Un photographe de la 19e division d’infanterie
prend les premières photos. Le lendemain, 31 mai, journalistes et photographes, français et étrangers, rapidement alertés, arrivent à la Mechta
Kasbah.
De plusieurs sources, et du général Salan lui-même, il apparaît que
le massacre de la population messaliste des Beni-Ilman intervient au
moment précis où le commandement français est sur le point d’obtenir
le ralliement du « général » messaliste Mohammed Bellounis qui
contrôle une force de quelque douze cents fusils, ce qui est loin d’être
négligeable à l’époque. Il est acquis que certains éléments de l’ALN en
ont été informés, et que l’opération de la Mechta Kasbah est à considérer comme une mesure de représailles. Par ailleurs, du côté français,
non seulement la récupération médiatique est déclenchée avec une rapidité exceptionnelle, mais la Mechta Kasbah devient un argument de
persuasion décisif auprès de Mohammed Bellounis. Chargé des
contacts, le capitaine Combette obtient désormais, sans difficulté, son
adhésion. Le 31 mai, trois jours après le massacre et tandis que les
journalistes affluent vers la Mechta Kasbah, une rencontre scelle l’accord au douar Beni-Ilman. Dès lors, on comprend de mieux en mieux
le peu d’empressement du général Salan à intervenir...
Et le capitaine Combette, qui était de toute évidence dans le secret
des dieux ? Averti par des avions de reconnaissance des incendies qui
se sont déclarés dans plusieurs mechtas, il s’est mis, comme on le sait,
en mouvement avec son escadron vers Melouza-Beni-Ilman. Il n’y est
arrivé que le surlendemain, non sans avoir appris entre-temps l’existence d’un massacre de grande ampleur. Les motifs avancés de ce
retard ? Difficultés du terrain, volonté de couper au plus tôt la route
aux rebelles qui fuient vers le nord, mais cette tentative s’est soldée par
un échec... Lorsqu’il arrive sur le terrain, il ne reste plus au capitaine Combette qu’à protéger les survivants qui sont en train d’enterrer
leurs morts.
Les secours sont organisés, et « des reconnaissances étoffées, nous
apprend le général Salan, ont lieu vers les douars voisins de Melouza
et El-Oued dont on a appris que la population mâle a participé au
massacre ».
L enchaînement de ces comportements — refus successifs d’envoyer
des renforts, retards intervenus dans l’itinéraire du capitaine Combette,
et nous pouvons ajouter, après 1 examen de son rapport, volonté mani
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Le jeudi 30 mai, le 8e spahis de Combette, qui a enfin reçu les renforts de deux autres pelotons, atteint la Mechta Kasbah. Les militaires
réalisent les proportions et l’horreur de la tuerie et, selon le colonel Roland, « protègent la population qui enterre pendant toute la journée 302 cadavres ». Un photographe de la 19e division d’infanterie
prend les premières photos. Le lendemain, 31 mai, journalistes et photographes, français et étrangers, rapidement alertés, arrivent à la Mechta
Kasbah.
De plusieurs sources, et du général Salan lui-même, il apparaît que
le massacre de la population messaliste des Beni-Ilman intervient au
moment précis où le commandement français est sur le point d’obtenir
le ralliement du « général » messaliste Mohammed Bellounis qui
contrôle une force de quelque douze cents fusils, ce qui est loin d’être
négligeable à l’époque. Il est acquis que certains éléments de l’ALN en
ont été informés, et que l’opération de la Mechta Kasbah est à considérer comme une mesure de représailles. Par ailleurs, du côté français,
non seulement la récupération médiatique est déclenchée avec une rapidité exceptionnelle, mais la Mechta Kasbah devient un argument de
persuasion décisif auprès de Mohammed Bellounis. Chargé des
contacts, le capitaine Combette obtient désormais, sans difficulté, son
adhésion. Le 31 mai, trois jours après le massacre et tandis que les
journalistes affluent vers la Mechta Kasbah, une rencontre scelle l’accord au douar Beni-Ilman. Dès lors, on comprend de mieux en mieux
le peu d’empressement du général Salan à intervenir...
Et le capitaine Combette, qui était de toute évidence dans le secret
des dieux ? Averti par des avions de reconnaissance des incendies qui
se sont déclarés dans plusieurs mechtas, il s’est mis, comme on le sait,
en mouvement avec son escadron vers Melouza-Beni-Ilman. Il n’y est
arrivé que le surlendemain, non sans avoir appris entre-temps l’existence d’un massacre de grande ampleur. Les motifs avancés de ce
retard ? Difficultés du terrain, volonté de couper au plus tôt la route
aux rebelles qui fuient vers le nord, mais cette tentative s’est soldée par
un échec... Lorsqu’il arrive sur le terrain, il ne reste plus au capitaine Combette qu’à protéger les survivants qui sont en train d’enterrer
leurs morts.
Les secours sont organisés, et « des reconnaissances étoffées, nous
apprend le général Salan, ont lieu vers les douars voisins de Melouza
et El-Oued dont on a appris que la population mâle a participé au
massacre ».
L enchaînement de ces comportements — refus successifs d’envoyer
des renforts, retards intervenus dans l’itinéraire du capitaine Combette,
et nous pouvons ajouter, après 1 examen de son rapport, volonté mani
