Les années perdues
21
Israélites indigènes des départements d’Algérie sont déclarés citoyens
français... » Les Juifs qui sont au nombre de 33 000 en Algérie vont
alors représenter le cinquième du corps électoral des trois départements.
Cette promotion civique des Juifs d’Algérie dans le contexte de l’effondrement du Second Empire et du recul du prestige de la France n’est
sans doute pas étrangère aux troubles d’avril 1871. La Kabylie est, une
fois encore, à la pointe de l’insurrection, avec le cheikh *
El Haddad de
la très influente confrérie Rahmaniya, le Constantinois et le bachagha
El Mokrani. Celui-ci sera tué le 5 mai par les troupes françaises, mais
il faudra encore plusieurs mois pour résorber les foyers d’une sédition
qui s’était propagée en Oranie. Or il y a quarante et un ans qu’aux
ordres du général de Bourmont les troupes françaises débarquaient à
Sidi Ferruch.,t
* On trouvera un lexique des termes arabes utilisés dans ce texte en fin de volume, p. 405.
• 26 juillet 1873 : la loi dite « Wamier» supprime l’indivision des
terres indigènes qui, en favorisant leur fractionnement, accélère le processus de leur appropriation par la colonisation. D’abord laissée à la
libre initiative des profiteurs de toutes sortes de la conquête, la mainmise sur les terres avait été légalisée par une série d’ordonnances, dont
celle du 1er octobre 1844 qui confirmait celle de l’année précédente sur
les biens religieux ou « habous » qui cessaient d’être inaliénables. A la
fin du Second Empire, 500 000 hectares ont été colonisés, et l’on évalue
à quelque 450 000 hectares les terres qui, à la faveur de la loi Wamier
et de celles qui l’ont suivie (en 1887 et 1897), sont, de 1880 à 1908,
devenues propriétés de colons européens. Des « transferts » dont les
bénéficiaires et leurs héritiers auront d’ailleurs des droits à affirmer
qu’ils avaient pu prospérer grâce à leur labeur et à leur esprit d’entreprise. On cite fréquemment l’exemple des quelque 12 000 exilés politiques qui, soit à titre volontaire, soit par la contrainte, se transformèrent
en colonisateurs des terres arabes après avoir survécu en 1848 aux
sabreurs du général Cavaignac pendant les journées de juin.
• En 1881, les musulmans sont soumis au code répressif de l’indigénat. Est notamment frappé de peines de plusieurs années de prison
« tout indigène coupable : 1° d’actes d’hostilité contre la souveraineté
française ; 2° de menées de nature à porter atteinte à la sécurité publique ; 3° de prédications religieuses ou politiques». En 1844 ont été
créés les « Bureaux arabes » dont la mission est tout à la fois d’assurer
l’administration des populations des tribus et d’apporter des informations sur leur état d’esprit. L’« Algérie politique » sera placée sous trois
régimes différents : celui des « communes de plein exercice » dont le
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Israélites indigènes des départements d’Algérie sont déclarés citoyens
français... » Les Juifs qui sont au nombre de 33 000 en Algérie vont
alors représenter le cinquième du corps électoral des trois départements.
Cette promotion civique des Juifs d’Algérie dans le contexte de l’effondrement du Second Empire et du recul du prestige de la France n’est
sans doute pas étrangère aux troubles d’avril 1871. La Kabylie est, une
fois encore, à la pointe de l’insurrection, avec le cheikh *
El Haddad de
la très influente confrérie Rahmaniya, le Constantinois et le bachagha
El Mokrani. Celui-ci sera tué le 5 mai par les troupes françaises, mais
il faudra encore plusieurs mois pour résorber les foyers d’une sédition
qui s’était propagée en Oranie. Or il y a quarante et un ans qu’aux
ordres du général de Bourmont les troupes françaises débarquaient à
Sidi Ferruch.,t
* On trouvera un lexique des termes arabes utilisés dans ce texte en fin de volume, p. 405.
• 26 juillet 1873 : la loi dite « Wamier» supprime l’indivision des
terres indigènes qui, en favorisant leur fractionnement, accélère le processus de leur appropriation par la colonisation. D’abord laissée à la
libre initiative des profiteurs de toutes sortes de la conquête, la mainmise sur les terres avait été légalisée par une série d’ordonnances, dont
celle du 1er octobre 1844 qui confirmait celle de l’année précédente sur
les biens religieux ou « habous » qui cessaient d’être inaliénables. A la
fin du Second Empire, 500 000 hectares ont été colonisés, et l’on évalue
à quelque 450 000 hectares les terres qui, à la faveur de la loi Wamier
et de celles qui l’ont suivie (en 1887 et 1897), sont, de 1880 à 1908,
devenues propriétés de colons européens. Des « transferts » dont les
bénéficiaires et leurs héritiers auront d’ailleurs des droits à affirmer
qu’ils avaient pu prospérer grâce à leur labeur et à leur esprit d’entreprise. On cite fréquemment l’exemple des quelque 12 000 exilés politiques qui, soit à titre volontaire, soit par la contrainte, se transformèrent
en colonisateurs des terres arabes après avoir survécu en 1848 aux
sabreurs du général Cavaignac pendant les journées de juin.
• En 1881, les musulmans sont soumis au code répressif de l’indigénat. Est notamment frappé de peines de plusieurs années de prison
« tout indigène coupable : 1° d’actes d’hostilité contre la souveraineté
française ; 2° de menées de nature à porter atteinte à la sécurité publique ; 3° de prédications religieuses ou politiques». En 1844 ont été
créés les « Bureaux arabes » dont la mission est tout à la fois d’assurer
l’administration des populations des tribus et d’apporter des informations sur leur état d’esprit. L’« Algérie politique » sera placée sous trois
régimes différents : celui des « communes de plein exercice » dont le
