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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
À la Mechta Kasbah, où la tuerie avait déjà commencé, j’ai reçu l’ordre de
fouiller les maisons et de piller tous les objets de valeur et de procéder au
ramassage du bétail, ce que j’ai fait avec d’autres habitants de mon douar.
Pendant que j’effectuais cette tâche, j’ai remarqué qu’une partie des rebelles
\le mot peut surprendre dans la bouche d’un homme qui avait apporté son
appui au massacre, mais il était interrogé par un officier de police] faisaient
sortir de la mosquée des gens de Beni-Ilman et les abattaient dans un ravin à
quelques mètres plus loin. Comme il restait parmi un groupe de vingt-trois
victimes un survivant, j’ai reçu l’ordre formel d’un soldat rebelle de l’abattre.
Il m’a remis un pistolet à barillet et c’est ainsi que j’ai tiré sur lui à bout portant
deux balles dans la poitrine, puis le soldat rebelle m’a repris le pistolet...
Tarchi et ses comparses chargent ensuite le butin, fruit de la razzia,
sur des bêtes, et repartent, sous la conduite de Si Abdelkader qui chevauche « un cheval blanc », vers Melouza :
A proximité du village, les rebelles nous ont quittés en emmenant avec eux
ce que nous avions pillé au douar Beni-Ilman et ont poursuivi leur chemin en
direction des Beni-Ouagag. Je suis arrivé chez moi à Melouza vers deux heures
du matin...
Tarchi Mohamed ne mentionne pas qu’il ait reçu la moindre récompense, mais nous apprenons par un de ses camarades, Choubane Mohamed, que, jouant les agents recruteurs, il est venu lui demander, le
27 mai, de l’accompagner à la mosquée de Melouza pour y entendre Si
Abdelkader. Celui-ci exhorte la population à se joindre à l’expédition
qu’il prépare dans l’intention de ramener les habitants de Beni-Ilman
dans le droit chemin.
Dans la matinée du 28 mai commencent incendies et massacres à
Mechta Kasbah... Choubane affirme qu’il n’y a pas participé mais se
souvient que les habitants les plus âgés avaient été conduits à la mosquée alors que les autres avaient été parqués dans plusieurs maisons.
Vers 17 heures, « deux avions jaunes » ont fait leur apparition au-dessus
de la mechta et l’ont survolée pendant un moment. Ce sont certainement
les appareils qui ont signalé au sol les incendies. Ordre est alors donné
de gagner les maisons, jusqu’à ce que les deux « avions jaunes » disparaissent à l’horizon.
Choubane est maintenant non loin de la mosquée... Le soleil est au
coucher, la nuit approche, mais il fait suffisamment clair pour qu’il
aperçoive des groupes d’habitants aux mains liées. Il s’approche de
l’édifice religieux, tend l’oreille et entend Si Abdelkader interpeller les
habitants qui y sont rassemblés, leur demander de rompre avec les mes-
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