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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
[...] J’ai compris que nous poursuivions le même but : soulager les souffrances, dit encore Ahmed Bouderba. J’ai pensé entrer en contact avec cet
officier pour réaliser une entente sur cette base. Je me suis repris à temps, car
je sais que les Chefs ne comprennent pas mon état d’esprit.
Au cours d’une réunion, j’ai timidement exposé mon point de vue en me
plaçant sur le plan humain et médical. Les Chefs m’ont examiné avec des
yeux réprobateurs et soupçonneux. J’ai dû biaiser, car je m’étais dangereusement exposé...
Bouderba poursuit :
[...] Certains villages dans les douars el-maïn et djaffra, en particulier, ont
été entièrement dévastés. Il y a eu des morts et des blessés. Les populations
civiles sont beaucoup plus atteintes que les maquisards. Les hommes ont
déserté les villages. Ils sont partis dans les villes ou ont rejoint purement et
simplement le maquis, animés par la haine. Certains sont venus au maquis,
car ils n’avaient plus aucun travail et n’avaient plus rien à manger. D’autres
sont entraînés par l’esprit d’imitation. Il n’y a pas, à proprement parler, d’esprit
nationaliste ou politique. C’est une révolte, et peu à peu l’esprit rebelle entre
dans les pensées...
[...] L’influence des raids de l’aviation sur l’état d’esprit des populations ?
C’est le moyen le plus sûr et le plus rapide d’accroître la haine et d’augmenter
le nombre des violences. Je n’aurai aucune confiance envers ceux qui se rallient par la peur...
Enfin, ces remarques sur la propagande et l’endoctrinement de la
population musulmane, dont on sait qu’ils ne furent pas l’apanage des
seuls FLN-ALN :
Je dis bien franchement que la propagande est à sens unique. Chaque fois
que j’entends la «voix des Arabes», je devine aisément le parti pris et le
mensonge. Je cherche alors à entendre un autre poste, mais on ne me comprend
pas et on me contraint à remettre l’écoute sur un poste arabe [...].
La plupart des musulmans ignorent la situation exacte. Les promesses et les
avances du Gouvernement français ne sont pas connues [...]. Le vote récent
de l’ONU a été chanté comme une victoire par le FLN. Je cite l’exemple de
ce village qui avait organisé des réjouissances avec sacrifice du mouton en
croyant ferme que tout était fini et que l’indépendance était arrivée. La déception fut cruelle, car peu à peu les faits quotidiens rétablissent la vérité.
Propagande et endoctrinement des masses musulmanes prises dans
l’étau des deux forces qui s’affrontent... Un appel de l’état-major de la
wilaya 3 (Kabylie) exalte justement, en mars 1957, au mépris de la
réalité, les résultats du vote de l’ONU, le 15 février précédent34 :
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