Du terrorisme à la répression
145
médicaments trouvés chez l’habitant... La population me réserve d’ailleurs un accueil chaleureux... » Amirouche, apprenant ses résultats,
étend son domaine et ses responsabilités. Il traverse la Soummam,
prend contact avec le commandant Kaci et le colonel Si Nasseur.
Retournant dans son fief, il demande des infirmières, car « les femmes
sont toujours aussi réticentes à être soignées par des infirmiers, lesquels
sont nuis ». Aussi organise-t-il des stages d’infirmières : une dizaine de
stagiaires pour le premier stage, fin septembre 1956 ; vingt-cinq pour
le deuxième ; trente pour le troisième ; quarante pour le dernier.
Vient ensuite la partie la plus intéressante du témoignage d’Ahmed
Bouderba, parce qu’elle concerne les populations musulmanes qui
seront, avec les civils européens frappés par le terrorisme, les grandes
victimes de cette guerre inepte. N’ont-elles pas, elles aussi, des motifs
on ne peut plus légitimes à l’angoisse ? Et puis, cette idée un peu folle
et dérisoire d’une collaboration pour leur venir en aide, n’est-elle pas
une faible lueur d’humanité dans ces ténèbres ?
Les populations sont très courageuses, et je comprends très bien, déclare
Ahmed, qu’elles puissent être lasses, elles cachent leurs sentiments...
Par peur, souvent pour ne pas se compromettre. Il évoque la situation
à Guelaa :
Je dois avouer que dans les villages visités par les militaires, nous ne recevons qu’un accueil mitigé et nos passages sont immédiatement signalés. Cela
provient de l’excellent travail entrepris par les gradés et hommes de la Compagnie de Guelaa qui font un excellent travail de pacification... Je ne peux pas
en dire autant pour d’autres régions... Le médecin militaire de Guelaa fait de
l’AMG [Assistance Médicale Gratuite]...
Trop peu connue, l’AMG fut pourtant une œuvre de secours, trop
tardive mais très utile, en faveur de populations musulmanes déshéritées
et broyées par la guerre. Cette assistance se révélait d’autant plus nécessaire dans les camps où des milliers de personnes étaient rassemblées
après avoir subi le traumatisme de l’abandon contraint de leurs biens.
L’assistance médicale gratuite est diffusée par des équipes itinérantes
qui ont de surcroît pour mission de résoudre, autant que faire se peut,
les problèmes sociaux les plus urgents. De vingt mille en 1956, les
consultations médico-sociales approchaient les dix-sept millions en
1959, cette progression s’expliquant en partie par la régression de
l’ALN et une prise de contrôle correspondante de 1 armée...
Précédent

- 138/420

Suivant