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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Après ses études secondaires au Lycée Bugeaud, Ahmed a donc
commencé ses études de médecine à Alger, mais ses parents l’ont
envoyé à Tunis pour l’éloigner des événements. D’ailleurs, le climat à
la faculté de médecine était des plus mauvais, et c’était une véritable
épreuve, affirme-t-il, que de se maintenir dans un milieu hostile, d’être
mêlé à de « fréquents incidents : brimades, vexations de la part des
Européens qui, armés, menaçaient et insultaient les étudiants musulmans qui étaient traités de fellaghas ». De Tunis, il suit la dégradation
de la situation en Algérie. Il décide d’y revenir. Les violences qui
accompagnent le voyage de Guy Mollet à Alger, le 6 février 1956, la
fermeture de la faculté par les étudiants européens qui bousculent les
musulmans, lui apportent la conviction que la porte est également fermée à toute évolution. «Et puis, poursuit-il, j’ai entendu dire qu’il y
avait des morts et de nombreux blessés dans la vallée de la Soummam.
Je désirais servir mes frères et soulager leurs souffrances... » L’ALN
manquant de médecins dans le maquis, un étudiant, fût-il en deuxième
année, est une recrue de qualité.
Ahmed Bouderba doit, dans ces conditions, trouver une filière... Il
rencontre à Alger un membre influent du PPA, Alilat — il sera arrêté
par la suite —, qui lui décrit, avec force détails, les « ratissages » de
l’armée. Il décide alors, définitivement, de s’engager et participe, en
août 1956, dans la trop fameuse « Cafétéria », à une réunion à laquelle
assistent un autre étudiant en médecine, une infirmière, et Mahmoud
N’Fissa, doctoresse très engagée du côté nationaliste, qui exerce place
de la Lyre, à Alger.
C’est le départ, en compagnie d’Alilat, qui conduit la voiture, et des
deux autres volontaires — N’Fissa est restée à Alger — vers le maquis,
le contact avec Rachid, commissaire politique de Sidi Aïch. Mais
Rachid inquiète Ahmed : « Il me parut être un déséquilibré, confie-t-il.
J’ai appris qu’il avait fait des égorgements, et j’aurais eu peur de coucher dans la même chambre que lui, car c’est un obsédé... » Ils gagnent
un village proche de Sidi Aïch, pour tomber dans une opération de
l’armée... Grosse émotion, fuite, direction Ouzellaguen... Là, on les présente à Amirouche qui est entouré de quatre à six gardes du corps. « Il
les change souvent, précise Ahmed Bouderba, car il les crève à la
marche et sa résistance est extraordinaire... Il me fit l’effet d’un chef,
d’un organisateur qui savait ce qu’il voulait, très apte au commandement, mais au sens politique nul... Il n’y connaît rien... » Amirouche se
méfie et ne cache pas que Ahmed et ses compagnons lui semblent suspects, il les interroge. Finalement, Ahmed est envoyé, seul, dans le
Guergour.
Le voici en plein dans le maquis : « Aucune organisation sanitaire
n’existe... Je travaille d’arrache-pied et ne dispose que de quelques
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