Du terrorisme à la répression
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Arrêté, apparemment, après avoir pris le maquis dans la vallée de la
Soummam, un jeune musulman, étudiant en médecine de deuxième
année, témoigne au cours de son interrogatoire, le 8 mars 195733. Le
document précise que cet interrogatoire a été conduit par « le commandant de la section de Bougie sans aucune [souligné dans le texte],
contrainte ». Précision qui a son poids d’or à l’époque...
L’intéressé se présente lui-même comme un nationaliste modéré et
parle d’évidence en toute liberté de parole :
Je n’ai aucune idée séparatiste, déclare-t-il à ses interlocuteurs. Je suis loin
d’être anti-français, mais il est certain que la situation de l’Algérie avant le
soulèvement ne pouvait durer. Le colonialisme nous a fait beaucoup de mal
et nous voulons qu’il disparaisse...
Et plus loin, ces remarques de fond dont l’avenir démontrera la pertinence, l’ébauche d’un projet pour l’Algérie dont la réalisation eût écarté
les drames qu’elle a connus :
J’ai trop peu de connaissances sur la réforme administrative en cours pour
pouvoir donner mon opinion, mais je suis persuadé que ce n’est pas par de
grandes réformes et de grands remaniements de la structure administrative et
politique que l’on pourra arriver à un climat favorable pour des réalisations
d’avenir.
Je n’ai jamais envisagé l’avenir de l’Algérie sans l’aide de la France, et
hors de la présence des Français. Je crois en une nation algérienne, elle existe,
c’est une réalité. Le reste est une question de détails. Mais je crois que cette
« nation algérienne » [entre guillemets dans le texte], et je n’entends pas « arabe » [zW.], ne pourra jamais envisager l’avenir sans l’aide de la France.
L’Algérie a-t-elle un avenir possible dans « l’indépendance » [zt/.] ou dans
une collaboration plus étroite avec la France ? Je ne crois pas que le fait d’être
« indépendant » [zTZ] doit nous éloigner de la France. Bien au contraire, la
collaboration serait bien plus étroite car elle ne sera plus un devoir [souligné
dans le texte], mais au contraire un libre choix [id.], et je crois que la
confiance sera alors beaucoup plus grande entre les deux pays et surtout entre
les deux peuples...
Il s’appelle Ahmed ben Omar Bouderba, il est né le 27 janvier 1931
et appartient à l’influente famille des Tamzali. Son père est décédé au
moment de son arrestation ; l’un de ses deux frères est médecin à
Médéa, l’autre, industriel, est directeur technique à Alger des Établissements Tamzali, qui seront d’ailleurs l’objet d’un attentat antiterroriste.
La situation sociale de ses sœurs est tout aussi élevée puisque Hima est
mariée à un pharmacien de Tunis, et Zohra à un chirurgien-dentiste de
Tizi-Ouzou.
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Arrêté, apparemment, après avoir pris le maquis dans la vallée de la
Soummam, un jeune musulman, étudiant en médecine de deuxième
année, témoigne au cours de son interrogatoire, le 8 mars 195733. Le
document précise que cet interrogatoire a été conduit par « le commandant de la section de Bougie sans aucune [souligné dans le texte],
contrainte ». Précision qui a son poids d’or à l’époque...
L’intéressé se présente lui-même comme un nationaliste modéré et
parle d’évidence en toute liberté de parole :
Je n’ai aucune idée séparatiste, déclare-t-il à ses interlocuteurs. Je suis loin
d’être anti-français, mais il est certain que la situation de l’Algérie avant le
soulèvement ne pouvait durer. Le colonialisme nous a fait beaucoup de mal
et nous voulons qu’il disparaisse...
Et plus loin, ces remarques de fond dont l’avenir démontrera la pertinence, l’ébauche d’un projet pour l’Algérie dont la réalisation eût écarté
les drames qu’elle a connus :
J’ai trop peu de connaissances sur la réforme administrative en cours pour
pouvoir donner mon opinion, mais je suis persuadé que ce n’est pas par de
grandes réformes et de grands remaniements de la structure administrative et
politique que l’on pourra arriver à un climat favorable pour des réalisations
d’avenir.
Je n’ai jamais envisagé l’avenir de l’Algérie sans l’aide de la France, et
hors de la présence des Français. Je crois en une nation algérienne, elle existe,
c’est une réalité. Le reste est une question de détails. Mais je crois que cette
« nation algérienne » [entre guillemets dans le texte], et je n’entends pas « arabe » [zW.], ne pourra jamais envisager l’avenir sans l’aide de la France.
L’Algérie a-t-elle un avenir possible dans « l’indépendance » [zt/.] ou dans
une collaboration plus étroite avec la France ? Je ne crois pas que le fait d’être
« indépendant » [zTZ] doit nous éloigner de la France. Bien au contraire, la
collaboration serait bien plus étroite car elle ne sera plus un devoir [souligné
dans le texte], mais au contraire un libre choix [id.], et je crois que la
confiance sera alors beaucoup plus grande entre les deux pays et surtout entre
les deux peuples...
Il s’appelle Ahmed ben Omar Bouderba, il est né le 27 janvier 1931
et appartient à l’influente famille des Tamzali. Son père est décédé au
moment de son arrestation ; l’un de ses deux frères est médecin à
Médéa, l’autre, industriel, est directeur technique à Alger des Établissements Tamzali, qui seront d’ailleurs l’objet d’un attentat antiterroriste.
La situation sociale de ses sœurs est tout aussi élevée puisque Hima est
mariée à un pharmacien de Tunis, et Zohra à un chirurgien-dentiste de
Tizi-Ouzou.
