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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
relais pour stigmatiser le comportement de certains éléments de l’armée
en Algérie, pour dénoncer la torture sur de pleines colonnes.
Les réactions à la mort d’Ali Boumendjel sont à la mesure de la
notoriété de la victime. Avocat, entretenant des relations dans les hautes
sphères à Paris, en particulier dans les milieux politiques, et proche du
FLN. Le 10 mars 1957, douze jours avant sa mort, son frère, Ahmed,
avocat lui aussi et également engagé du côté du nationalisme, rend
visite au commissaire d’Algérie à l’Exposition de Bruxelles.
Il faut penser que les faits et gestes de la famille Boumendjel intéressent le ministre résidant pour que le commissaire lui en rende compte
directement, dans une lettre datée du lendemain51. Boumendjel se
montre très pessimiste sur les chances militaires de la rébellion, mais
ajoute :
Tout cela ne change rien au problème. Quand le bruit des armes aura cessé
[à l’avantage des forces de l’ordre], vous, la France, vous vous trouverez
devant un tel vide politique qu’il vous sera difficile d’entreprendre quoi que
ce soit qui engage, même pour partie, la population musulmane, c’est-à-dire
les neuf dixièmes du peuple algérien...
Me Ahmed Boumendjel était un bon prophète... Il avait exactement
prévu que l’armée française vaincrait sur le terrain, mais que la France
perdrait sur le terrain politique, et dans des proportions qu’il n’aurait
pu imaginer plus favorables : par l’indépendance de l’Algérie.
Pour un homme comme René Capitant, professeur de droit public,
ancien résistant et gaulliste « historique », le suicide de Boumendjel est
le résultat d’un montage grossier, c’est une exécution, et il est quasiment certain qu’il a succombé à la torture. Il écrit à René Billères,
ministre de l’Education nationale, pour lui apprendre d’abord qu’Ali
Boumendjel fut, au moment du débarquement en Afrique du Nord en
1942, son élève à la faculté de droit d’Alger. « Tant que de telles pratiques — auxquelles même en pleine guerre nous n’avons jamais soumis les prisonniers allemands — seront prescrites et tolérées par le
gouvernement de mon pays, ajoute en conclusion René Capitant, je ne
me sentirai pas capable d’enseigner dans une faculté de droit française... » Et il suspend ses cours.
Les milieux politiques parisiens, assez bien informés de la situation
en Algérie, ne portent que peu de crédit à la version de l’armée sur les
circonstances de la mort d’Ali Boumendjel. Dans une lettre datée du
27 mars, le président de la Commission de la justice et de législation
de F Assemblée nationale, M. Guy Cupfer, s’adresse à Robert Lacoste
dans des termes qui, sous une forme de parfaite déférence, laissent
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