Les années perdues
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hommes aux forces de l’armée française et de l’Union française... Le
31 juillet, il avait prononcé à Carthage, en présence du maréchal Juin
qui l’avait accompagné dans son voyage officiel, le discours ouvrant la
voie à la reconnaissance de l’autonomie interne de la Tunisie.
Mais comment en est-on arrivé là, que savait-on de la préparation
d’une éventuelle insurrection ? Les autorités responsables à Alger
n’étaient-elles pas en possession d’informations, les avaient-elles transmises à Paris et, dans l’affirmative, quelle suite leur avait-on donné ?
Où en étaient les forces nationalistes, avait-on bien mesuré leur
influence et était-il encore temps, en cet automne 1954, et sous réserve
qu’elles y fussent disposées, d’ouvrir avec elles un dialogue constructif
en tenant compte de ce qu’il faut bien appeler les occasions manquées
de réformes en profondeur qui eussent peut-être évité que l’on s’engageât dans l’impasse, et qu’au terme de près de huit années de conflit
on optât pour la solution de l’abandon ?
Impossible de répondre à ces questions et de s’engager dans le récit
des grands drames de la guerre d’Algérie sans remonter, même très
succinctement, aux sources du conflit quasiment permanent entre une
partie des élites musulmanes, de larges fractions de la population
autochtone, d’ailleurs géographiquement délimitées, et le pouvoir central 1 * . À peine les portes étaient-elles entrouvertes que l’on s’empressait, sous des pressions convergentes, de les refermer. Pressions
d’intérêts ligués pour ne rien changer, et suffisamment organisés pour
créer de puissants lobbies agissant sur le pouvoir politique, et entraînant
dans leur mouvance une population européenne immigrée, en très
grande majorité originaire des États méditerranéens voisins, espagnols,
italiens et maltais.
Le 22 novembre 1832, un peu plus de deux ans après la capitulation
d’Alger, l’émir Abd el-Kader, un marabout de la confrérie des Quadirites, né à Mascara en 1807, est proclamé « sultan des Arabes » par les
tribus de l’Oranie. Le 20 février 1834, le général Desmichel qui a pris
Arzew et Mostaganem, signe avec lui le traité d’Oran. Mais le 28 juin
1835, le général Trézel, successeur de Desmichel, est défait par l’émir
dans les marais de la Macta. En avril 1836, le maréchal Clauzel, gouverneur général de l’Algérie et nommé commandant de l’armée
d’Afrique l’année précédente, échoue à Rachgoun, sur la Tafna, après
un premier insuccès à Médéa. Tandis que le général Bugeaud rétablit
la situation avec la victoire de la Sikkak (6 juillet 1836), le maréchal
Clauzel essuie un nouvel échec dans le siège de Constantine en
novembre, ce qui entraîne sa démission.
On trouvera les notes en fin de volume, p. 397.
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