Du terrorisme à la répression
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La Casbah d’Alger, le 28 au matin, est déserte. Les magasins ont
gardé leurs portes fermées. Au premier constat, il apparaît que l’ordre
de grève sera totalement suivi. Informés, Lacoste et Massu s’inquiètent.
Un succès du FLN sur ce terrain, dans le mauvais climat d’insécurité
où la ville est plongée, serait catastrophique. Agir, par conséquent, et
vite. Les parachutistes de Massu ont toute liberté d’arrêter n’importe
qui sur la foi d’un simple renseignement.
La suite de l’événement, maintes fois racontée, est connue... Lancements de tracts, ordres diffusés par haut-parleurs de se mettre au travail
et d’ouvrir les magasins... Et comme les musulmans refusent en très
grande majorité d’obtempérer, les parachutistes fondent sur la Casbah,
forcent les portes des magasins avec des barres à mine, pénètrent
dans les maisons en ordonnant aux hommes de partir « au boulot »,
raflent les « suspects » et les rassemblent dans des camions pour les
conduire dans le centre de triage et de transit de Ben Aknoun. Là
commencent les interrogatoires, avant le transfert, début février, dans
les camps dits d’hébergement — Paul-Cazelles, Boghari et Lodi —, de
ceux que l’on a étiquetés comme dangereux. Les militaires des très
redoutés Détachements Opérationnels de Protection (DOP) se sont
chargés dans un premier temps de « faire parler » ceux qui s’y refusaient. La torture va dès lors s’imposer comme une arme indispensable
contre la rébellion.
Vers midi, le gouvernement général essaie d’établir un bilan du mouvement de grève46. A Alger, tout redevient « normal », la force a payé
mais dans les principales villes de l’Algérois et de l’Oranais, à Bône,
l’ordre du FLN a été suivi. Dans le Constantinois, par contre, c’est un
succès mitigé à Constantine même, et un échec à peu près total ailleurs,
dans des centres comme Philippeville et Khenchela. Les localités de
moindre importance et les centres ruraux ont été peu touchés. La tendance à la reprise du travail et à la réouverture des commerces est
manifeste dans le courant de la journée du 28. Le 29, une conclusion
s’impose : la grève de huit jours a échoué en vingt-quatre heures à
peine. Cet échec de l’organisation nationaliste est le résultat d’une interprétation complètement erronée des facultés des masses musulmanes à
suivre des mots d’ordre qui l’exposent à des réactions de rétorsion...
qui n’ont d’ailleurs pas manqué.
En tout cas, le FLN a tenu ses engagements de représailles contre les
récalcitrants. Cent vingt-cinq personnes ont été assassinées, des dizaines
d’autres ont été blessées et 38 enlevées pour avoir refusé de suivre ses
consignes.
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