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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
et les menaces. Un tract distribué à Philippeville exhorte les travailleurs
musulmans à ne pas se laisser intimider par les militaires, la police et
quelque service que ce soit de l’Administration, de se tenir prêts au
jour qui sera fixé pour « la répétition de l’insurrection générale ». Cette
perspective semble d’ailleurs de plus en plus crédible au ministère de
l’Algérie qui en fait état dans plusieurs documents.
Les indécis sont les plus visés par la propagande du FLN qui dénonce
« les quelques lâches qui, lors de la dernière grève [celle du 5 juillet
1956], ont trahi leur Patrie et leurs morts ». Les fonctionnaires et les
agents des services publics sont la cible privilégiée des propagandistes
qui leur adressent des lettres d’avertissement assorties de menaces de
mort. Des agents de police musulmans de Bône et de Guelma ont reçu
des lettres ronéotypées ne portant aucune référence sur leur origine,
dans lesquelles il leur est demandé de « prendre leurs responsabilités et
de choisir ». « Le sacrifice que nous vous demandons est grand, écrit
l’auteur de la missive, soyez à sa mesure. Toute hésitation est un crime,
toute faiblesse est une trahison. Nous ne pardonnerons ni l’une ni
l’autre. »
Le gouvernement général récolte non seulement des informations sur
les pressions et les menaces dont les musulmans sont l’objet, mais
reçoit des démarches discrètes de certaines catégories professionnelles.
Ainsi les représentants de l’Union Générale du Commerce Algérien
(UGCA) font-ils connaître qu’ils se sont heurtés à un refus des responsables du FLN à qui ils demandaient d’être dispensés de l’assistance
des familles musulmanes indigentes pendant la durée de la grève. Leurs
interlocuteurs leur ont fait valoir que les ordres « venaient de
l’extérieur45 ».
Toujours selon le GG, « les commerçants sont de plus en plus nombreux à souhaiter qu’une action énergique des Pouvoirs publics leur
permette de continuer à exercer normalement leur activité ». Démarches
identiques dans le Constantinois : « À Chateaudun-du-Rhumel, en particulier, les commerçants musulmans ont exprimé aux Autorités locales
leur désir de se voir offrir par la troupe — sous la forme d’une menace
apparente — l’excuse qui pourra leur éviter la vengeance des rebelles. »
À Oran et à Alger, une véritable panique s’empare des fonctionnaires
musulmans qui multiplient les demandes de congés pour maladie, justifiés par des certificats médicaux. Quant à ceux qui ont reçu des réquisitions, ils déclarent qu’ils n’y répondront qu’à condition d’être
accompagnés par la police pendant la durée de la grève. Enfin, il n’est
pas rare que, dans les entreprises privées, les ouvriers aient sollicité de
leurs patrons la possibilité de rester sur place.
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