130
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
musulman. Si nous sommes réconfortés par le fait que son âme repose en paix,
nous ne pouvons cependant passer sous silence son assassinat, acte odieux qui
nous remplit d’horreur et d’indignation. Pensez donc ! Ses tueurs ont camouflé
leur crime par une tentative de suicide comme a été le cas de Aïssat Idir,
leader de l’UGTA, Boumendjel, avocat, Larbi Ben M’Hidi, ex-colonel de
l’ALN, Maurice Audin, et tant d’autres...
[...] Nous aurions pu réagir selon la loi du Talion, ou même stimuler notre
légitime colère par la foi religieuse et aboutir ainsi à l’irréparable. Certes, les
moyens ne manquent pas pour assouvir notre vengeance, mais ce que nous
voulons, ce n’est point la vengeance, mais la justice, la justice divine enseignée
à l’homme. Et pourtant, l’ennemi, fidèle à ses traditions de mystification, n’hésite pas à désarmer tous nos actes et à leur donner un caractère tendancieux.
Que de fois nous avons libéré des prisonniers civils et militaires : récemment
encore, Marty Michel, de L’Arba [Algérois], Ancel Jean-Pierre, soldat de
Soultsmatt [Haut-Rhin], Touren Alain, soldat de Vemon [Eure] ; que de fois
nous avons libéré des prisonniers civils... Mais la presse et la radio ne présentent les faits que sous une version favorable aux visées des criminels de guerre
français pour tenter, par là même, de dénaturer la réalité et le comportement
des combattants Algériens.
Mais vous, frère luc !, père Mathieu !, vous ne pouvez ignorer cette réalité
algérienne, car nous pensons que votre court séjour parmi nous vous a permis
de la voir, de la toucher, de la sentir, de la comprendre enfin pour que votre
conscience éprise de liberté, de justice et de bonté puisse mieux la juger afin
de mieux la dénoncer.
Qu’attendez-vous pour dire la vérité sur ce qui se passe réellement dans
cette Algérie martyre ?
Qu’attendez-vous pour nous faire savoir que vous avez réellement compris
le sens de la lutte que le peuple Algérien mène depuis plus de cinq ans et par
là même que vous avez pénétré le fond du problème Algérien que certains
commencent à peine à entrevoir ?
Qu’attendez-vous pour faire entendre votre voix divine, pleine de justice et
d’espérance, purifiée de toute passion politique ou religieuse, capable de ramener tant d’égarés à la raison, d’éviter tant d’horreurs et, par là même, de
favoriser le retour à la paix des âmes et des cœurs ?
Non !, messieurs de l’Église ! Vous ne pouvez rester silencieux devant les
cris et les pleurs de tant de familles déshéritées, de tant de pères emprisonnés,
torturés ou lâchement assassinés, de tant de mères et de filles violées, devant
tous ces massacres monstrueux commis par les soi-disant « pacificateurs ».
Vous ne pouvez rester insensibles devant l’horrible spectacle des maisons
brûlées, de dechras rasées ou bombardées au napalm, de forêts incendiées, de
blessés achevés et des infirmeries détruites par un ennemi qui feint d’ignorer
les lois internationales de la guerre.
Vous ne pouvez rester indifférents devant le drame de ces deux millions de
regroupés Algériens qui vivent dans des conditions misérables, dans de véritables camps de concentration, sous la botte de l’armée qui se prétend « civilisatrice ». Ce drame qui dure depuis le début de la guerre a été dénoncé à
Précédent

- 123/420

Suivant