Du terrorisme à la répression
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Frère luc ! Père Mathieu !
Depuis votre retour vers Tibbérines, nous n’avons cessé de nous demander
ce que vous deveniez. C’est dire tout l’intérêt que nous attachons à votre
personne et le désir de vouloir entretenir des relations sincères avec vous,
malgré le fossé creusé par tant d’horreurs commises par les criminels de guerre
français sur notre peuple qui lutte farouchement depuis plus de cinq ans
pour arracher sa dignité et sa liberté étouffées par 130 années de régime
colonialiste.
Certes, nous avons eu quelques craintes en apprenant que vous étiez entre
les mains des bourreaux de l’état-major d’Alger, car le pire aurait pu vous
arriver. Ces craintes se sont accentuées par le silence fait autour de vous : pas
de visites, pas de journalistes, un simple entrefilet pour annoncer votre retour,
ou plutôt votre soi-disant libération par les forces françaises. Mais nous avons
aussitôt alerté notre gouvernement pour rentrer en relation avec la CroixRouge Internationale et les autorités italiennes, afin d’être informés sur votre
sort. C’est ainsi que nous avons été rassurés en apprenant que tout s’est passé
pour le mieux et que vous avez repris votre mission.
Il est vrai que votre retour a fait sensation à Médéa, en particulier chez ces
ultras criminels qui ont été stupéfaits de vous voir revenir sains et saufs. Ils
avaient profité de votre présence parmi nous pour donner libre cours à leur
rage et à leur haine, et ce, non par amour et attachement à vos personnes, mais
plutôt par racisme à notre égard. Tel est le comportement de ces soi-disant
fidèles, de ces « pieux » généraux Challe, Massu et leurs lieutenants des SAS,
venant à la messe du dimanche par snobisme ou par calcul, et n’hésitant pas
sitôt sortis de l’Église à rejoindre les officines de la «Main rouge * »
pour
ourdir quelques complots contre un régime pourri et moribond, confesser sans
remords des crimes crapuleux et tremper ainsi leurs mains dans la chair et le
sang de tant de milliers d’Algériens qui se refusent à être esclaves. Par contre,
la population musulmane de Médéa et d’ailleurs n’est pas restée indifférente
à votre retour. Elle a ressenti une fierté légitime devant la sage décision de
l’ALN qui a fait preuve, une fois de plus, de fidélité aux principes d’humanité,
de justice et de bonté, de profond respect envers votre religion, principes
fondamentaux de notre lutte révolutionnaire. C’est là une réponse aux accusations mensongères de ceux qui, malgré l’emploi du napalm, la torture, le viol
et les exécutions arbitraires, veulent spéculer sur la Foi Chrétienne pour brandir la Croix contre le Croissant.
* Organisation « contre-terroriste » qui eut son origine au Maroc. On la tint pour responsable de
l’assassinat de Jacques Lemaigre-Dubreuil, le directeur des Huiles Lesieur, repute pour ses idees liberales, à Casablanca.
Et pourtant votre retour a coïncidé avec l’annonce de l’assassinat de l’Immam si braham par les tueurs français, la veille de l’Achoura. S’il n’a pu
communier en ce jour de recueillement, l’Immam Braham a par contre donné
ce qu’il avait de plus précieux ’ . il avait versé son sang et fait don de sa vie
pour que ses frères Algériens puissent vivre libres dans leur pays, libérés de
la vermine colonialiste et où la charité, la bonté, la fraternité ne seraient pas
de vains mots. Il est mort en accomplissant son devoir de patriote et de fervent
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