Du terrorisme à la répression
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Lacoste ajoute à la dissolution de l’Union française nord-africaine, prononcée en juillet, celle de deux autres associations, dont l’Organisation
de Résistance en Afrique Française (ORAF).
Pessimisme de l’état-major qui, en ce mois de décembre 1956,
constate que « l’agressivité de l’ennemi se maintient dans de nombreux
secteurs à un niveau élevé et au mépris de pertes sévères » ; que « le
nombre des attentats — terrorisme urbain en particulier — et des actes
de sabotage ne diminue pas ; que « le mouvement de ralliement marque,
presque partout, un temps d’arrêt34 ».
Des « actes de ralliement » ? Un témoignage comme celui-ci révèle
des pratiques qui ne sont pas faites pour les encourager et mérite d’être
mis en parallèle avec le long document explicatif du commandement
que nous citions précédemment. Il a été rédigé à « Ben Amade, Chebli », est daté du 19 novembre et signé de M. Picinbono dont on suppose qu’il est un cadre administratif responsable dans cette région35 :
Le jeudi 8 novembre 1956, à l’aube, une opération de bouclage a été effectuée par certains éléments de F Armée à Tabaïnet, douar situé sur les contreforts de l’Atlas, partie sur le territoire de la commune de Bouinan, partie sur
celui de la commune de Chebli.
Les indigènes du douar qui se disposaient à se rendre à leur travail, dans
leurs champs ou chez les colons voisins, ont été raflés et dirigés sur Bouinan
où devait être effectué un contrôle. Un certain nombre d’entre eux furent
relâchés le jour même et le lendemain.
Mais, dans la matinée du vendredi 9 une section de soldats revenait à la
mechta, encadrant une dizaine de musulmans arrêtés la veille. D’après les
déclarations d’un témoin, petit berger de la tribu, les prisonniers étaient
attachés deux par deux, le visage dissimulé sous leur chemla. Ils furent alignés
à deux cents mètres d’un gourbi et froidement exécutés de plusieurs rafales
de mitraillette.
Après le départ des soldats, les hommes du douar qui se sont rendus sur les
lieux ont pu constater que les visages des suppliciés avons été défigurés par
les balles et que les poches des victimes avaient été soigneusement vidées.
Seuls les vêtements ont permis aux familles d’identifier leurs morts.
Ces derniers ont été ensevelis dans une fosse commune après que le lieutenant morin du SAS d’Hammam Mélouane et moi-même ont été avisés par des
Tabaïnet de cette exécution. De mon côté, j’ai avisé de ce lamentable incident
le colonel ducournau, chef du Cabinet Militaire du Ministre résidant, le lundi
12 novembre à 18 heures.
Au cours de mon entretien, j’ai demandé que, pour calmer les esprits et
atténuer les suites prévisibles de l’affaire, un personnage officiel soit envoyé
sur place pour apporter aux hommes du douar des paroles de réconfort, mais
rien n’a été fait à ce jour.
J’ai signalé également qu’un groupe de neuf indigènes du meme douar
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Lacoste ajoute à la dissolution de l’Union française nord-africaine, prononcée en juillet, celle de deux autres associations, dont l’Organisation
de Résistance en Afrique Française (ORAF).
Pessimisme de l’état-major qui, en ce mois de décembre 1956,
constate que « l’agressivité de l’ennemi se maintient dans de nombreux
secteurs à un niveau élevé et au mépris de pertes sévères » ; que « le
nombre des attentats — terrorisme urbain en particulier — et des actes
de sabotage ne diminue pas ; que « le mouvement de ralliement marque,
presque partout, un temps d’arrêt34 ».
Des « actes de ralliement » ? Un témoignage comme celui-ci révèle
des pratiques qui ne sont pas faites pour les encourager et mérite d’être
mis en parallèle avec le long document explicatif du commandement
que nous citions précédemment. Il a été rédigé à « Ben Amade, Chebli », est daté du 19 novembre et signé de M. Picinbono dont on suppose qu’il est un cadre administratif responsable dans cette région35 :
Le jeudi 8 novembre 1956, à l’aube, une opération de bouclage a été effectuée par certains éléments de F Armée à Tabaïnet, douar situé sur les contreforts de l’Atlas, partie sur le territoire de la commune de Bouinan, partie sur
celui de la commune de Chebli.
Les indigènes du douar qui se disposaient à se rendre à leur travail, dans
leurs champs ou chez les colons voisins, ont été raflés et dirigés sur Bouinan
où devait être effectué un contrôle. Un certain nombre d’entre eux furent
relâchés le jour même et le lendemain.
Mais, dans la matinée du vendredi 9 une section de soldats revenait à la
mechta, encadrant une dizaine de musulmans arrêtés la veille. D’après les
déclarations d’un témoin, petit berger de la tribu, les prisonniers étaient
attachés deux par deux, le visage dissimulé sous leur chemla. Ils furent alignés
à deux cents mètres d’un gourbi et froidement exécutés de plusieurs rafales
de mitraillette.
Après le départ des soldats, les hommes du douar qui se sont rendus sur les
lieux ont pu constater que les visages des suppliciés avons été défigurés par
les balles et que les poches des victimes avaient été soigneusement vidées.
Seuls les vêtements ont permis aux familles d’identifier leurs morts.
Ces derniers ont été ensevelis dans une fosse commune après que le lieutenant morin du SAS d’Hammam Mélouane et moi-même ont été avisés par des
Tabaïnet de cette exécution. De mon côté, j’ai avisé de ce lamentable incident
le colonel ducournau, chef du Cabinet Militaire du Ministre résidant, le lundi
12 novembre à 18 heures.
Au cours de mon entretien, j’ai demandé que, pour calmer les esprits et
atténuer les suites prévisibles de l’affaire, un personnage officiel soit envoyé
sur place pour apporter aux hommes du douar des paroles de réconfort, mais
rien n’a été fait à ce jour.
J’ai signalé également qu’un groupe de neuf indigènes du meme douar
