INVENTAIRE DES PARADIS 91
tournions des séquences qui ne le concernaient pas, sinon il arrivait toujours
en gros plan devant la caméra.
Si nous n’apprivoisons pas de mérou, en revanche, nous mettons à
notre actif une rencontre très amicale avec un autre poisson, qui a pourtant
mauvaise réputation : la murène.
Voici ce qui s’est passé : Yves Orner et Dominique Sumian étaient
descendus pour faire une séance de « feeding ». Ils emportaient avec eux
un grand sac rempli de morceaux de viande.
Arrivés au fond, ils s’installent sur un rocher tandis qu’André Laban
se place à quelques mètres pour filmer la scène. En quelques instants, ils
sont entourés par des poissons de toutes tailles, mais Yves Orner et Sumian
ne se sont pas aperçus que dans le rocher même sur lequel ils sont assis,
se tapit une grande murène. Elle aussi veut avoir sa part de la distribution.
Laban voit sa tête se balancer, son corps qui se déploie lentement, mais
les deux autres plongeurs ne peuvent pas l’apercevoir. Ils ne la repèrent que
lorsqu’elle ondule et s’avance jusqu’à l’ouverture du sac. Elle est vraiment
énorme, brune, tachetée de blanc et de jaune. Elle ouvre goulûment sa
bouche aux lèvres lippues, elle balance sa tête ronde aux petits yeux fixes,
mais l’extrémité de son corps est toujours engagée sous le rocher. Elle doit
mesurer plus de 2 mètres. Par son allure de serpent python, une murène,
surtout quand elle est de cette taille, peut sembler plus redoutable, plus
difficile à approcher qu’un requin.
Yves Orner quitte son perchoir et avec des offrandes de poisson, il
tente d’attirer la murène en pleine eau. Elle se dérobe et elle rentre dans
sa grotte qui a plusieurs entrées. Mais poussée par la gourmandise, elle
ressort. Yves s’éloigne lui montrant un morceau de viande. La murène
hésite... Enfin, à regret, elle émerge complètement de son trou, montre un
corps long, musculeux. C’est vraiment un animal magnifique dont la nage
ondoyante est d’une impressionnante beauté.
Tout le monde au fond retient son souffle. Orner réussit à inspirer
confiance à la bête qui lui prend la nourriture dans la main. C’est presque
aussi spectaculaire que les résultats obtenus avec Jojo le mérou ou avec
le Baliste de Gilbert à Précontinent IL
Enfin Yves Orner parvient à faire ce dont il avait rêvé dès le début de
cette longue scène : il caresse la murène sur son noir petit crâne bombé sans
qu’elle se dérobe.
Si nous avions disposé de trois jours de plus, elle aurait reconnu Yves
à chaque plongée et elle l’aurait suivi dans la mer comme un chien. La
familiarité avec une murène nous a semblé s’établir encore plus rapidement
qu’avec un mérou.
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