84 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
fait partie de notre équipe nous avons appris à l’estimer toujours davantage.
Et, comme beaucoup de jeunes garçons qui sont à bord, il semble avoir
trouvé un sens à sa vie en partageant la nôtre.
Il a d’abord été un de nos plongeurs et il est récemment devenu pilote
de soucoupe.
Une multitude de poissons
A Cosmoledo, les conditions de plongée sont souvent difficiles, mais
nous savons bien qu’elles le sont presque toujours. C’est plutôt la facilité
qui est exceptionnelle. Les pulsations du courant nous emportent ou rendent
l’eau trouble, peu importe : jamais encore nous n’avons vu une telle
profusion de poissons.
Sur le plateau côtier jusqu’à 14 ou 15 mètres de fond, les poissons
tropicaux de toutes tailles abondent. De très gros mérous* mettent le nez
hors de leur trou pour nous regarder, même par 6 mètres de fond. Des
vieilles* aux dents pointues, des perroquets énormes et de véritables « fleuves
de poissons », comme à l’îlot Funidu des Maldives, habitent ce paradis que
rien ne semble avoir encore troublé.
Par deux fois je fais une pointe à 40 mètres le long de la pente abrupte.
Ce n’est pas vertical, mais c’est raide. Cette fois, la paroi est encore beaucoup
plus vivante qu’en Mer Rouge : partout d’immenses Gorgones ouvrent leurs
éventails roses. C’est féerique, mais le courant est tel que je m’essouffle
pour rejoindre le bord. Néanmoins mes vertèbres ainsi mises à l’épreuve ne
me font pas trop mal.
La merveille est que Cosmoledo soit un monde demeuré très sauvage,
bourré de poissons, de tortues, d’oiseaux qui n’ont pas encore appris à
redouter l’homme. Pour combien de temps ? J’ai de plus en plus l’impression
qu’au cours de cette croisière de la Calypso nous dressons l’inventaire des
derniers paradis, déjà bien menacés. Cosmoledo en est un. Saura-t-on,
voudra-t-on le protéger ?
Peut-être employons-nous un peu vite le mot de « paradis ». C’est un
paradis qui est finalement plutôt redoutable. Le plus grand danger ne vient
pas des requins. Des poissons beaucoup plus petits sont tout autant à
craindre. C’est le cas du Pterois*, un poisson merveilleux, tout en voiles
transparentes, aux fines couleurs roses et bleutées, mais dont les épines
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