INVENTAIRE DES PARADIS 83
Pour le moment Bébert et Bonnici endorment des poissons à la
Quinaldine et les transfèrent ensuite dans une nasse en plexiglas. Ce sont
des poissons anges rayés de jaune et de bleu. Nos plongeurs ont capturé le
merveilleux Forcipiger longirostris, ce poisson plat et rond au long nez,
aux coloris admirables et qui est l’un de mes préférés. Ces poissons rares
seront envoyés par avion au Musée de Monaco.
Autre équipe, celle de Michel Deloire, notre cinéaste, qui a pour
compagnons Bernard Delemotte et Yves Orner. C’est une équipe très efficace
composée de grands as. Tous trois sont polyvalents, aussi habiles à approcher
les grands animaux marins qu’à manier la caméra, quelle que soit la profondeur et aussi dramatiques que soient les circonstances. Cette équipe
cinéma a organisé un réfectoire à poissons qui est en plein rendement.
La troisième équipe est composée de Sillner et de Dominique Sumian.
Nos deux camarades remontent de 40 mètres où ils ont pris des photos
à la manière très spéciale de Sillner.
Notre photographe doit avoir le sentiment que sa journée n’a pas été
suffisamment remplie. Je m’amuse un bon moment à le regarder opérer.
Il est court, tout rond, il nage replié sur lui-même, en crapaud. Il évoquerait
plutôt le Tétraodon* quand celui-ci ne sort pas ses épines : flottant entre
deux eaux, se laissant porter ici et là, à la fois rêveur et attentif. Il a passé
autour de son cou son chapelet de gadgets : des filtres, un posemètre,
plusieurs caméras et même une réglette graduée pour mesurer les distances.
Il me sourit et repart, le nez sur le viseur. Si un requin le suivait il ne s’en
apercevrait sûrement pas. D’ailleurs il est impossible de le prévenir de quoi
que ce soit en plongée. Il se met en rage si on le dérange et on voit d’énormes
bulles de colère sortir de son détendeur.
Une fois de plus, lorsqu’il va remonter à bord, il sèmera son matériel
partout, sur la plage arrière, au carré. A la plongée suivante, il criera qu’on
lui a caché ses affaires, qu’ « on lui fauche tout », que c’est intolérable.
Comme on l’aime bien, on range tout ce qu’il laisse traîner et on le lui
rapporte. Il rougit de confusion et tout le monde rit.
Je donne volontiers à Sillner comme coéquipier Dominique Sumian.
C’est l’homme le plus capable de protéger notre photographe contre les
requins et aussi contre son incorrigible distraction. Sumian, qu’on appelle
à bord Doumé, abréviation corse du prénom de Dominique, est un plongeur
remarquable. Il est doué aussi d’une force peu commune.
Il est très beau à voir évoluer dans l’eau : grand, longiligne, c’est un
véritable athlète. Comme la plupart des « costauds » que nous avons à
bord, c’est un géant débonnaire et patient. Nous l’apprécions pour le calme
dont il fait preuve en toutes circonstances. Depuis plus de trois ans qu’il
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