UN SULTANAT SOCIALISTE 71
Si bien que nous connaissions la mer dans ses profondeurs, elle
dépasse les possibilités d’une génération ; nous n’en connaissons que certaines
régions. Nous savons bien qu’elle est différente partout, mais ce qui rend
l’aventure merveilleuse, c’est que nous ne pouvons jamais imaginer sans
l’avoir vu, comment elle différera d’une latitude à l’autre.
En plongée aux Maldives, nous savions instinctivement que nous étions
dans un autre pays qui nous étonnait, qui avait d’autres choses à nous
apprendre. Je crois que cette impression était due tout d’abord à une question
d’échelle. Aux Maldives, ce qui s’est imposé à nous, c’est le spectacle de la
très grande nature alors que nous étions habitués aux décors sous-marins
plus limités de la Mer Rouge ou même de la Méditerranée. Il faut savoir
rester disponibles et s’intéresser à tous les ordres de grandeur. Les Maldives,
c’est immense. Dans cette partie de l’Océan Indien une infinité d’atolls
émergent d’un plateau de 40 mètres de fond. Dès qu’on quitte les récifs
frangeants et qu’on explore l’espace extérieur, on ne voit plus guère de
coraux, assez peu de poissons multicolores, mais toutes les rencontres sont
possibles : requins, bien sûr, raies manta. Nous avons même approché un
orque, animal dont la réputation est terrible. Un tueur de baleines. Mais
Albert Falco prétend qu’il est facile à apprivoiser. Il a jadis lié amitié avec
l’un d’eux dans un bassin de Californie.
Ce vaste pays, autour des Maldives, propice à l’exploration en soucoupe,
est composé d’étendues sablonneuses où errent les grands animaux de la mer.
Le cycle du sable
Chaque atoll est un véritable moulin à corail, une usine à fabriquer le
sable. Le corail grandit en fixant le calcium de l’eau. Les poissons
perroquets, les poissons bosse mangent le corail et démolissent le récif peu
à peu, aussi vite qu’il se construit. Nous avons vu que les Maldiviens prélevaient aussi du corail pour édifier leurs maisons. Mais la protection naturelle
du récif contre les assauts de l’Océan s’en trouve compromise. Les murs
immergés des atolls perdent leur cohésion. Les îles sont en danger. L’histoire
des Maldiviens c’est un peu celle de l’homme qui sciait la branche sur
laquelle il était assis.
On pourrait écrire tout un cycle du sable, depuis le moment où il est
rejeté en nuage par les bandes de poissons perroquets qui broutent les
coraux tels des troupeaux dans leur pâturage de calcaire. On estime qu’un
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