UN SULTANAT SOCIALISTE 67
nous sommes traités comme de nobles hôtes. Les cadeaux traditionnels de
noix de coco s amoncellent à bord. Mais nous n’avons guère que des
cigarettes à leur offrir en échange.
De la part des pêcheurs indigènes, cette attitude de digne défense de
leurs eaux s’explique par le fait que récemment des étrangers ■ — notamment
japonais — sont venus leur prendre les poissons sous le nez, ce qui, on le
conçoit, leur a déplu.
C’est aux Iles Powell que nous avons vu et filmé la pêche à la bonite*.
C’est vraiment très, très beau et nous en avons tiré — non sans mal — une
séquence documentaire.
A cette époque de l’année, au printemps, pour pêcher la bonite, les
indigènes utilisent une série de méthodes très particulières. Le soir, sur le
platier, les Alifuriens emploient les restes de leur pêche précédente à
appâter et attraper les crabes. Ils les écrasent et s’en servent le lendemain
matin, de très bonne heure, pour appâter des filets du genre carrelet avec
lesquels, toujours par très petits fonds, ils attrapent une sorte de « poutine » :
des petits poissons de plusieurs espèces qu’ils conservent vivants dans le
fond de leur barque qui fait office de vivier. Le fond du bateau a un assez
gros trou et la barque fait eau systématiquement. Le trop-plein est écopé
en permanence par deux hommes à bord.
Vers 7 heures du matin, les barques hissent les voiles et sortent.
Elles croisent au large par groupe de six ou huit. Elles se dirigent vers les
rassemblements d’oiseaux. Dans la mer, sous les oiseaux, il y a la plupart
du temps un banc de bonites. Dès que les barques sont arrivées sur le banc,
les pêcheurs jettent dans le sillage par poignées les petits poissons vivants et
ils commencent à pêcher avec des cannes — quatre par barque - — munies
d’un simple crochet galvanisé au bout de 4 mètres seulement de fil.
A peine le crochet trempe-t-il dans l’eau qu’il est remonté avec une bonite
qui se décroche toute seule. En 15 minutes une barque capture ainsi facilement 200 poissons. Une bonne journée moyenne se solde par une prise
de 600 bonites par barque. Chaque bonite rapporte environ une roupie.
La répartition est faite le soir même sur la plage : 25 % va au gouvernement,
25 % au propriétaire de la barque, 50 % à l’équipage.
Cette répartition traditionnelle a servi de modèle au « Sultanat socialiste » pour toutes les autres activités des îles ; on y applique les mêmes proportions : 25 % à l’Etat, 25 % à l’entrepreneur et 50 % à ses employés.
Les Alifuriens construisent leurs bateaux eux-mêmes avec le bois des
cocotiers et leur modèle traditionnel est d’une élégante finesse. Les méthodes
de construction n’ont pas varié depuis 5 à 6.000 ans : sur les chantiers
navals maldiviens on taille le bordé d’abord et les couples ensuite.
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