L’ARCHE DE NOE DU XXe SIECLE 43
Des rocs dorés sur une mer bleue
Le dimanche 12 mars, nous mouillons à la pointe ouest de l’île d’Abd
el Kuri. Décor totalement irréel. Une chaîne de montagnes tachées de noir
et d’ocre émerge d’une eau de plomb fondu, teintée de rose par l’aube. Une
grande bande blanche est posée un peu au-dessus de l’eau jusqu’à 20 ou
30 mètres de haut, tout le long de l’île. Est-ce du guano ou du sel. Probablement les deux. Une petite crique s’enfonce dans les montagnes. On
n’en voit pas le bout... Envoyer le chaland ? Mais non ! Le vent change,
passe au Sud-Est. Il faut vite changer de mouillage, aller au Nord de la
pointe en faisant très prudemment le tour d’un haut fond qui brise.
Pendant le mouillage où nous ne restons guère que trente minutes,
il nous a semblé voir sur l’île deux têtes immobiles qui émergeaient d’une
crête. Dès que nous appareillons, deux silhouettes d’hommes se dressent.
Ils sont probablement déçus : ils ont rarement droit à des visites, 150 naturels
vivent sur cette île grande comme un département français, mais extrêmement pelée.
Vers neuf heures nous mouillons au Nord. J’envoie deux expéditions
sur l’île pour la reconnaître : une mission photographique et une mission
cinéma.
En plongée Bébert et Bonnici ramènent 30 à 40 kg de langoustes.
Il y aura ce soir un grand festin à bord sous le regard sévère du Général
Cambronne qui préside à tous nos repas... et à quelques discussions.
Que tout est beau à Abd el Kuri ! Que tout y est riche ! Si seulement
l’eau pouvait être claire.
Deux Houris (petites embarcations indigènes), armées chacune de deux
noirs, accostent à l’arrière. J’offre le thé à ces dignes naturels et leur fais
visiter le bord en prodiguant les explications par gestes. Sur la passerelle,
Marcellin, notre ingénieur du son, leur montre leur propre image à la
télévision : ça vraiment, ça les amuse beaucoup. Puis Sillner, notre photographe allemand, remonte de plongée et s’adresse à eux en arabe. Bientôt
la conversation s’anime, les éclats de voix gutturaux s’entrecroisent : on se
croirait dans un souk. Contraste extravagant entre Sillner, typiquement
allemand, et ces Somalis noirs. Mais à l’oreille on ne perçoit aucune différence dans leur langage à tous trois.
Les Houris repartent chargés de cadeaux : eau, sucre, pain, conserves,
cordages...
Nous écoutons la radio. La France a voté ; c’était le deuxième tour
des élections législatives.
Des rocs dorés sur une mer bleue
Le dimanche 12 mars, nous mouillons à la pointe ouest de l’île d’Abd
el Kuri. Décor totalement irréel. Une chaîne de montagnes tachées de noir
et d’ocre émerge d’une eau de plomb fondu, teintée de rose par l’aube. Une
grande bande blanche est posée un peu au-dessus de l’eau jusqu’à 20 ou
30 mètres de haut, tout le long de l’île. Est-ce du guano ou du sel. Probablement les deux. Une petite crique s’enfonce dans les montagnes. On
n’en voit pas le bout... Envoyer le chaland ? Mais non ! Le vent change,
passe au Sud-Est. Il faut vite changer de mouillage, aller au Nord de la
pointe en faisant très prudemment le tour d’un haut fond qui brise.
Pendant le mouillage où nous ne restons guère que trente minutes,
il nous a semblé voir sur l’île deux têtes immobiles qui émergeaient d’une
crête. Dès que nous appareillons, deux silhouettes d’hommes se dressent.
Ils sont probablement déçus : ils ont rarement droit à des visites, 150 naturels
vivent sur cette île grande comme un département français, mais extrêmement pelée.
Vers neuf heures nous mouillons au Nord. J’envoie deux expéditions
sur l’île pour la reconnaître : une mission photographique et une mission
cinéma.
En plongée Bébert et Bonnici ramènent 30 à 40 kg de langoustes.
Il y aura ce soir un grand festin à bord sous le regard sévère du Général
Cambronne qui préside à tous nos repas... et à quelques discussions.
Que tout est beau à Abd el Kuri ! Que tout y est riche ! Si seulement
l’eau pouvait être claire.
Deux Houris (petites embarcations indigènes), armées chacune de deux
noirs, accostent à l’arrière. J’offre le thé à ces dignes naturels et leur fais
visiter le bord en prodiguant les explications par gestes. Sur la passerelle,
Marcellin, notre ingénieur du son, leur montre leur propre image à la
télévision : ça vraiment, ça les amuse beaucoup. Puis Sillner, notre photographe allemand, remonte de plongée et s’adresse à eux en arabe. Bientôt
la conversation s’anime, les éclats de voix gutturaux s’entrecroisent : on se
croirait dans un souk. Contraste extravagant entre Sillner, typiquement
allemand, et ces Somalis noirs. Mais à l’oreille on ne perçoit aucune différence dans leur langage à tous trois.
Les Houris repartent chargés de cadeaux : eau, sucre, pain, conserves,
cordages...
Nous écoutons la radio. La France a voté ; c’était le deuxième tour
des élections législatives.
