44 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
Les langoustes viennent de muer
13 mars à Socotora. Les indigènes pêchent les huîtres perlières à
quelques mètres de fond en plongée libre. Un vrai rassemblement vient
bavarder avec nous sur la plage. Ces gens sont gentils, nobles, très beaux.
Socotora est une île de 160 km de long : la moitié au moins de la
Crète. Il n’y vit que 11.000 personnes, groupées dans quelques pauvres
villages de pêcheurs. La population mène la vie la plus primitive, la plus
démunie de tout, qu’on puisse encore rencontrer au monde. Il y a, paraît-il,
un Sultan.
Sous chaque pierre, par 2 mètres de fond, les langoustes sont
littéralement entassées. En nous jouant et sans même avoir à chercher,
nous en ramassons une soixantaine de kilos. C’est l’époque de la mue qui
est aussi celle de la reproduction et elles ont toutes la carapace encore
molle. Pendant plusieurs jours nous aurons de la langouste au menu, matin
et soir. Le cuisinier nous fait aussi une soupe succulente aux têtes de
langouste.
Nous nous éloignons. Nos liens avec les terriens se défont l’un après
l’autre. Nous nous accoutumons à nous désintéresser même de la surface.
Peu à peu, nous allons échanger ces durs rochers gris et noirs qui barrent
l’horizon contre les images fluides de l’intérieur de la mer. Nous allons
bientôt nous décrocher de la terre et de la vie des terriens, comme si nous
n’avions plus d’autre asile au monde que cet habitat flottant, notre bateau
parti pour un tour du monde sous-marin.
Notre vraie vie se déroule maintenant dans un fluide, dans un liquide
et cela devient une seconde nature. Notre monde à nous commence juste
sous la quille de notre bateau. Par ses couleurs, par ses formes, par ses
modes de vie, il est tout à fait étranger à ce que nous ont appris des siècles
d’activité humaine sur la terre. Et surtout les derniers siècles de notre
civilisation mécanisée, indifférente à la vie. Et nous partons pour retrouver
la vie à sa source : dans la mer.
Nous quittons Socotora le 13 mars à 11 heures du soir. La nuit
est merveilleusement pure et le ciel plein d’étoiles. A 2 heures du matin,
Laban vient me réveiller : le bateau traverse une mer luminescente où
flottent des globes transparents. Aussitôt je lance la mise en place de
l’éclairage devant l’étrave. Je réveille un cinéaste, Barsky. Quand tout est
En haut, I entrée du « faux-nez », puits métallique placé devant l’étrave et qui permet de descendre
dans la chambre d'observation (photo du bas) à 3 m de la surface.
Les langoustes viennent de muer
13 mars à Socotora. Les indigènes pêchent les huîtres perlières à
quelques mètres de fond en plongée libre. Un vrai rassemblement vient
bavarder avec nous sur la plage. Ces gens sont gentils, nobles, très beaux.
Socotora est une île de 160 km de long : la moitié au moins de la
Crète. Il n’y vit que 11.000 personnes, groupées dans quelques pauvres
villages de pêcheurs. La population mène la vie la plus primitive, la plus
démunie de tout, qu’on puisse encore rencontrer au monde. Il y a, paraît-il,
un Sultan.
Sous chaque pierre, par 2 mètres de fond, les langoustes sont
littéralement entassées. En nous jouant et sans même avoir à chercher,
nous en ramassons une soixantaine de kilos. C’est l’époque de la mue qui
est aussi celle de la reproduction et elles ont toutes la carapace encore
molle. Pendant plusieurs jours nous aurons de la langouste au menu, matin
et soir. Le cuisinier nous fait aussi une soupe succulente aux têtes de
langouste.
Nous nous éloignons. Nos liens avec les terriens se défont l’un après
l’autre. Nous nous accoutumons à nous désintéresser même de la surface.
Peu à peu, nous allons échanger ces durs rochers gris et noirs qui barrent
l’horizon contre les images fluides de l’intérieur de la mer. Nous allons
bientôt nous décrocher de la terre et de la vie des terriens, comme si nous
n’avions plus d’autre asile au monde que cet habitat flottant, notre bateau
parti pour un tour du monde sous-marin.
Notre vraie vie se déroule maintenant dans un fluide, dans un liquide
et cela devient une seconde nature. Notre monde à nous commence juste
sous la quille de notre bateau. Par ses couleurs, par ses formes, par ses
modes de vie, il est tout à fait étranger à ce que nous ont appris des siècles
d’activité humaine sur la terre. Et surtout les derniers siècles de notre
civilisation mécanisée, indifférente à la vie. Et nous partons pour retrouver
la vie à sa source : dans la mer.
Nous quittons Socotora le 13 mars à 11 heures du soir. La nuit
est merveilleusement pure et le ciel plein d’étoiles. A 2 heures du matin,
Laban vient me réveiller : le bateau traverse une mer luminescente où
flottent des globes transparents. Aussitôt je lance la mise en place de
l’éclairage devant l’étrave. Je réveille un cinéaste, Barsky. Quand tout est
En haut, I entrée du « faux-nez », puits métallique placé devant l’étrave et qui permet de descendre
dans la chambre d'observation (photo du bas) à 3 m de la surface.
