L’ARCHE DE NOE DU XXe SIECLE 39
Le toboggan
Le 4 mars nous approchons de l’île Seil Makawa. L’approche est
difficile. Il y a peu de fond. La lumière sur une mer bleue fouettée de vent
est belle, mais l’eau est très trouble. Une plongée serait décevante. Nous
allons nous occuper autrement.
J’envoie Barsky et Bernard Delemotte dans l’île voir s’ils trouvent
quelque chose à filmer. Pendant ce temps-là à bord règne une grande
activité, plutôt distrayante. D’abord nous essayons le « toboggan ». On nous
l’a livré juste avant notre départ et nous n’avons pas eu le temps de nous
en servir. C’est une glissière qui s’accroche à l’arrière de la Calypso et qui
permet aux plongeurs de descendre dans l’eau à toute allure, les uns derrière
les autres. C’est très drôle. Cela marche très bien, mais c’est assez long à
installer.
Notre chien Zoom est désespéré de voir ses amis s’élancer ainsi l’un
après l’autre dans la mer et il hurle lamentablement. Il s’y fera. Autre
inconvénient : les plongeurs qui portent le nouveau scaphandre caréné
perdent leur casque pendant la glissade. Falco va arranger ça.
Nous essayons ensuite nos nouveaux propulseurs sous-marins : des
scooters électriques d’un modèle perfectionné qui remorquent les plongeurs
autonomes. A l’épreuve nous constatons qu’ils sont trop légers et surtout
que les poignées sont fragiles ; l’une d’elles est restée dans la main de notre
ami Canoé qui, il est vrai, ne connaît pas sa force. Les mécaniciens du
bord se mettent aussitôt au travail pour effectuer les modifications qui
s’imposent.
Enfin, dernière distraction, nous mettons à l’eau pour la première fois
nos voiliers windsurfs qui nous amuseront énormément pendant toute la
croisière.
Barsky et Bernard reviennent à bord. Sur l’île ils ont trouvé des
garçons de 13 à 25 ans qui restent là pendant un mois pour pêcher avec
un gros boutre* à voiles marron. Ils salent et ils font sécher les carangues
qu’ils attrapent. Les oiseaux de mer tournent sans cesse au-dessus d’eux
et de leurs poissons. Pour les éloigner ils clouent sur des piquets, en guise
d’épouvantails des oiseaux vivants dont les ailes battent au vent. Sur ces
langues de sable perdues, le vent fait tout bouger. Les épouvantails atroces
de cette île désolée donnent une impression de cauchemar.
Ces pêcheurs, dans un isolement et un dénuement tragiques, attendent
tout de la mer et du soleil. Des hommes sans toit qui dorment à même le
sable. Ils n’ont qu’un tapis minuscule qui leur sert à prier. De la mer, ils
Le toboggan
Le 4 mars nous approchons de l’île Seil Makawa. L’approche est
difficile. Il y a peu de fond. La lumière sur une mer bleue fouettée de vent
est belle, mais l’eau est très trouble. Une plongée serait décevante. Nous
allons nous occuper autrement.
J’envoie Barsky et Bernard Delemotte dans l’île voir s’ils trouvent
quelque chose à filmer. Pendant ce temps-là à bord règne une grande
activité, plutôt distrayante. D’abord nous essayons le « toboggan ». On nous
l’a livré juste avant notre départ et nous n’avons pas eu le temps de nous
en servir. C’est une glissière qui s’accroche à l’arrière de la Calypso et qui
permet aux plongeurs de descendre dans l’eau à toute allure, les uns derrière
les autres. C’est très drôle. Cela marche très bien, mais c’est assez long à
installer.
Notre chien Zoom est désespéré de voir ses amis s’élancer ainsi l’un
après l’autre dans la mer et il hurle lamentablement. Il s’y fera. Autre
inconvénient : les plongeurs qui portent le nouveau scaphandre caréné
perdent leur casque pendant la glissade. Falco va arranger ça.
Nous essayons ensuite nos nouveaux propulseurs sous-marins : des
scooters électriques d’un modèle perfectionné qui remorquent les plongeurs
autonomes. A l’épreuve nous constatons qu’ils sont trop légers et surtout
que les poignées sont fragiles ; l’une d’elles est restée dans la main de notre
ami Canoé qui, il est vrai, ne connaît pas sa force. Les mécaniciens du
bord se mettent aussitôt au travail pour effectuer les modifications qui
s’imposent.
Enfin, dernière distraction, nous mettons à l’eau pour la première fois
nos voiliers windsurfs qui nous amuseront énormément pendant toute la
croisière.
Barsky et Bernard reviennent à bord. Sur l’île ils ont trouvé des
garçons de 13 à 25 ans qui restent là pendant un mois pour pêcher avec
un gros boutre* à voiles marron. Ils salent et ils font sécher les carangues
qu’ils attrapent. Les oiseaux de mer tournent sans cesse au-dessus d’eux
et de leurs poissons. Pour les éloigner ils clouent sur des piquets, en guise
d’épouvantails des oiseaux vivants dont les ailes battent au vent. Sur ces
langues de sable perdues, le vent fait tout bouger. Les épouvantails atroces
de cette île désolée donnent une impression de cauchemar.
Ces pêcheurs, dans un isolement et un dénuement tragiques, attendent
tout de la mer et du soleil. Des hommes sans toit qui dorment à même le
sable. Ils n’ont qu’un tapis minuscule qui leur sert à prier. De la mer, ils
