L’ILE DE L’ABSURDE 241
herbivores, mais pour qu’elles choisissent ce qu’elles préfèrent nous leur
présentons tout un menu : des poissons, des mollusques, et des algues. Nous
les leur posons jusque sur le bec sans réussir à leur faire avaler quoi que
ce soit. Elles ne se nourrissent peut-être pas pendant les amours et la ponte.
La ponte
Ces « tortues vertes » de l’Océan Indien ne sont devenues aquatiques
que depuis quelques millions d’années. Elles peuvent rester assez longtemps
sous l’eau sans venir respirer à la surface, mais les petites quand elles
naissent ont besoin de respirer tout de suite et beaucoup plus souvent.
La ponte se fait donc à terre.
Lorsque la marée monte, les énormes femelles se laissent porter par le
flot jusqu’aux plages d’Europa. Elles s’affalent et il leur faut traîner sous le
dur soleil des Tropiques leur masse de chair et leur lourde carapace. Elles
cherchent les pentes les plus faciles à escalader. Elles progressent en file
indienne, serrées les unes derrière les autres à tous les bons passages. Sur
terre elles avancent avec une désespérante lenteur. Elles parviennent enfin
sur le haut de la plage au-dessus du niveau des plus fortes marées.
La grosse vieille tortue est déjà épuisée par son effort. Pourtant elle
creuse un trou avec ses pattes de devant, un trou suffisamment large pour
y loger tout son grand corps. Puis avec les pattes postérieures elle fore
un puits très rond, très calibré et elle y laisse tomber ses œufs, un à un.
Une centaine d’œufs environ. Ils sont mous, mais résistants, élastiques :
des œufs de reptile. L’incubation au soleil va durer deux mois. Le rôle
de ce deuxième puits plus profond est de mettre les œufs à l’abri des crabes
et en particulier des crabes des cocotiers.
La ponte peut se prolonger pendant toute la nuit. La femelle à grand
effort referme le trou. Elle est encore plus fatiguée. Ce qui est étonnant,
c’est que pendant tous ces efforts, pendant qu’elle creuse et referme son trou,
pendant la durée de la ponte : elle ne cesse de pleurer. De vraies larmes,
comme les humains. Il est probable que ces larmes évitent aux tortues de
devenir aveugles. Elles les débarrassent du sable qui envahit leurs yeux.
Au matin si la bête ne veut pas mourir, il lui faut regagner 1 eau
avant la chaleur du jour. Le soleil de midi cette fois la tuerait. Elle se traîne
vers la mer encore plus lourdement qu’à l’aller.
herbivores, mais pour qu’elles choisissent ce qu’elles préfèrent nous leur
présentons tout un menu : des poissons, des mollusques, et des algues. Nous
les leur posons jusque sur le bec sans réussir à leur faire avaler quoi que
ce soit. Elles ne se nourrissent peut-être pas pendant les amours et la ponte.
La ponte
Ces « tortues vertes » de l’Océan Indien ne sont devenues aquatiques
que depuis quelques millions d’années. Elles peuvent rester assez longtemps
sous l’eau sans venir respirer à la surface, mais les petites quand elles
naissent ont besoin de respirer tout de suite et beaucoup plus souvent.
La ponte se fait donc à terre.
Lorsque la marée monte, les énormes femelles se laissent porter par le
flot jusqu’aux plages d’Europa. Elles s’affalent et il leur faut traîner sous le
dur soleil des Tropiques leur masse de chair et leur lourde carapace. Elles
cherchent les pentes les plus faciles à escalader. Elles progressent en file
indienne, serrées les unes derrière les autres à tous les bons passages. Sur
terre elles avancent avec une désespérante lenteur. Elles parviennent enfin
sur le haut de la plage au-dessus du niveau des plus fortes marées.
La grosse vieille tortue est déjà épuisée par son effort. Pourtant elle
creuse un trou avec ses pattes de devant, un trou suffisamment large pour
y loger tout son grand corps. Puis avec les pattes postérieures elle fore
un puits très rond, très calibré et elle y laisse tomber ses œufs, un à un.
Une centaine d’œufs environ. Ils sont mous, mais résistants, élastiques :
des œufs de reptile. L’incubation au soleil va durer deux mois. Le rôle
de ce deuxième puits plus profond est de mettre les œufs à l’abri des crabes
et en particulier des crabes des cocotiers.
La ponte peut se prolonger pendant toute la nuit. La femelle à grand
effort referme le trou. Elle est encore plus fatiguée. Ce qui est étonnant,
c’est que pendant tous ces efforts, pendant qu’elle creuse et referme son trou,
pendant la durée de la ponte : elle ne cesse de pleurer. De vraies larmes,
comme les humains. Il est probable que ces larmes évitent aux tortues de
devenir aveugles. Elles les débarrassent du sable qui envahit leurs yeux.
Au matin si la bête ne veut pas mourir, il lui faut regagner 1 eau
avant la chaleur du jour. Le soleil de midi cette fois la tuerait. Elle se traîne
vers la mer encore plus lourdement qu’à l’aller.
