142 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
Les fonds marins, je les connais, je les ai en mémoire. Mais je peux
vraiment mesurer toute leur ampleur, leur richesse, lorsque je contemple
du haut du portique de la Calypso, les récifs à fleur d’eau surgissant du
fond comme des flèches de cathédrale. Aussi loin que le regard porte, ces
massifs, ces arborescences, ces cornes d’élan se succèdent, entourés de
bleu ou de vert, séparés par des lacs profonds ou par des bassins couleur
d’émail clair... Alors je me sens comblé. Je ne peux pas me détacher de ce
spectacle toujours changeant. C’est vraiment un pays qui ne ressemble à
aucun autre et que l’on peut parcourir pendant des jours. Je reste sur le
portique à guider la Calypso, de chenal en chenal, et à m’emplir les yeux
de ce que nous voyons, en avançant à deux ou trois nœuds. Parfois aussi
il faut stopper en catastrophe. Navigation harassante, mais merveilleuse.
J’ai connu une des grandes joies de ma vie lorsque j’ai pu m’asseoir
à côté du pilote dans un DC 8 revenant de Djibouti à Athènes. Nous avons
survolé toute la Mer Rouge et je l’ai vue à peu près comme les cosmonautes
l’ont vue. C’est cette vision à l’échelle planétaire qui me coupe le souffle...
Bien entendu, je suis ébloui également par l’extraordinaire mélange de
gorgones, de coraux dont la profusion envahit les mers tropicales, mais je suis
ébloui comme lorsque je vais aux Floralies. C’est même mieux que les Floralies. Mais survoler l’Himalaya en avion m’émeut plus que d’aller regarder
des hortensias. Et j’ai bien l’impression en contemplant les Suakin du haut
du portique de survoler quelque chose d’aussi prodigieux que l’Himalaya.
Dans l’eau je n’ai pas la sensation d’un paysage parce qu’il n’y a pas
d’arrière-plan, pas de perspective. Quand on parle « d’eau cristalline »,
c’est à peu près le brouillard de Londres : on voit à 30 mètres.
En plongée, dans les meilleures conditions, la vue est limitée. C’est
donc toujours un microcosme qu’on a autour de soi. Mais lorsqu’on
connaît ce microcosme et qu’on peut aussi embrasser d’un seul coup d’œil
du haut du portique 10 ou 15 kilomètres de coraux, on a réellement une
vue de la mer vivante.
Les Far San et les Suakin présentent une formation analogue. Les
deux côtés de la Mer Rouge, à la même latitude, sont bordés d’une identique
frange de récifs tellement serrés que les navires hydrographes eux-mêmes
ne s’y hasardent pas. Nous passons dans le blanc de la carte.
Mon seul souci est de ne pas nous laisser surprendre par la nuit dans
cette nasse. Car, la nuit, nous perdons notre seule sauvegarde qui est
l’observation de la couleur de l’eau pour en déduire la profondeur.
Mouiller ? Il n’y faut pas songer. Il y a le plus souvent entre 300 et
600 mètres de fond au pied même des récifs. Les tours de Madrépores
surgissent vraiment de l’abîme.
Les fonds marins, je les connais, je les ai en mémoire. Mais je peux
vraiment mesurer toute leur ampleur, leur richesse, lorsque je contemple
du haut du portique de la Calypso, les récifs à fleur d’eau surgissant du
fond comme des flèches de cathédrale. Aussi loin que le regard porte, ces
massifs, ces arborescences, ces cornes d’élan se succèdent, entourés de
bleu ou de vert, séparés par des lacs profonds ou par des bassins couleur
d’émail clair... Alors je me sens comblé. Je ne peux pas me détacher de ce
spectacle toujours changeant. C’est vraiment un pays qui ne ressemble à
aucun autre et que l’on peut parcourir pendant des jours. Je reste sur le
portique à guider la Calypso, de chenal en chenal, et à m’emplir les yeux
de ce que nous voyons, en avançant à deux ou trois nœuds. Parfois aussi
il faut stopper en catastrophe. Navigation harassante, mais merveilleuse.
J’ai connu une des grandes joies de ma vie lorsque j’ai pu m’asseoir
à côté du pilote dans un DC 8 revenant de Djibouti à Athènes. Nous avons
survolé toute la Mer Rouge et je l’ai vue à peu près comme les cosmonautes
l’ont vue. C’est cette vision à l’échelle planétaire qui me coupe le souffle...
Bien entendu, je suis ébloui également par l’extraordinaire mélange de
gorgones, de coraux dont la profusion envahit les mers tropicales, mais je suis
ébloui comme lorsque je vais aux Floralies. C’est même mieux que les Floralies. Mais survoler l’Himalaya en avion m’émeut plus que d’aller regarder
des hortensias. Et j’ai bien l’impression en contemplant les Suakin du haut
du portique de survoler quelque chose d’aussi prodigieux que l’Himalaya.
Dans l’eau je n’ai pas la sensation d’un paysage parce qu’il n’y a pas
d’arrière-plan, pas de perspective. Quand on parle « d’eau cristalline »,
c’est à peu près le brouillard de Londres : on voit à 30 mètres.
En plongée, dans les meilleures conditions, la vue est limitée. C’est
donc toujours un microcosme qu’on a autour de soi. Mais lorsqu’on
connaît ce microcosme et qu’on peut aussi embrasser d’un seul coup d’œil
du haut du portique 10 ou 15 kilomètres de coraux, on a réellement une
vue de la mer vivante.
Les Far San et les Suakin présentent une formation analogue. Les
deux côtés de la Mer Rouge, à la même latitude, sont bordés d’une identique
frange de récifs tellement serrés que les navires hydrographes eux-mêmes
ne s’y hasardent pas. Nous passons dans le blanc de la carte.
Mon seul souci est de ne pas nous laisser surprendre par la nuit dans
cette nasse. Car, la nuit, nous perdons notre seule sauvegarde qui est
l’observation de la couleur de l’eau pour en déduire la profondeur.
Mouiller ? Il n’y faut pas songer. Il y a le plus souvent entre 300 et
600 mètres de fond au pied même des récifs. Les tours de Madrépores
surgissent vraiment de l’abîme.
