L’EPAVE AUX CHEVEUX BLANCS 143
Au milieu des requins
Le 7 août, toujours dans le mauvais temps, nous plongeons au voisinage d’une autre île des Suakin : Dahl Guab. Par fond de 20 mètres nous
tombons sur un groupe de gros requins de plus de 3 mètres. J’en compte
sept autour de nous. Ils sont impressionnants. Ils paraissent vraiment bien
sûrs d’eux : les rois de la mer. Mais tout de même méfiants, ils nous observent
du coin de l’œil et commencent cette manœuvre d’encerclement que nous
connaissons bien et qui pourrait s’appeler « la noria ».
Malgré ces dispositions peu encourageantes nous tournons une séance
de marquage avec les cages accrochées sous les chalands. L’opération
consiste à enfoncer avec une courte lance un petit harpon barbelé qui porte
une étiquette avec l’adresse du Musée de Monaco. En somme nous marquons
les requins comme on bague les oiseaux migrateurs et pour des raisons
analogues. Mais pour que l’étiquette tienne dans la peau du requin il
importe qu’elle soit solidement enfoncée à la base de la nageoire dorsale.
Pour les plongeurs impossible d’y parvenir sans sortir plus ou moins des
cages. A chaque fois que la pointe barbelée s’enfonce, le requin accuse le
coup en s’ébrouant et je redoute à chaque instant ce que nous appelons
pudiquement « un accident ».
D’autant plus que les requins sont particulièrement agressifs dans le
coin. Dès que les plongeurs se hasardent en eau libre, ils sont en butte à
leurs attaques. Au moment où Ruiz quitte la cage le dernier, un requin se
jette sur lui. C’est Jean-Paul Bassaget qui lui sauve la mise : il se trouve
dans le zodiac, il a vu venir le requin et il le stoppe in extremis d’un bon
coup de débordoir sur le nez.
Le débordoir à requins est une arme bien inofïensive que nous avons
inventée il y a seize ans, à l’époque de nos premières plongées en Mer
Rouge. C’est tout simplement un bâton qui porte de petits clous à l’une
de ses extrémités.
Nous avions remarqué que l’attaque d’un requin pouvait être détournée
ou repoussée à l’aide d’un bout de bois à condition de ne pas faire mal et
d’agir fermement et vite. Les pointes peu saillantes sont seulement destinées
à empêcher le débordoir de glisser sur la peau du squale. C’est à peu près
l’équivalent de l’aiguillon avec lequel on conduit les bœufs. Il ne s’agit pas
de frapper avec une grande force, ce qui est presque irréalisable dans l’eau,
mais de pousser, de repousser l’animal, surtout de le maintenir à distance.
Nous restons dans les parages de Dahl Guab jusqu’au 10 août et le
11 nous mouillons devant l’île Tai Mashiya. C’est une île occupée par les
oiseaux, notamment une multitude de sternes tout blancs qui sont des
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