140 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
réjouis de ce besoin de familiarité. Le nom est déjà le signe d’un rapprochement, d’une approche.
Au cours du tournage en Mer Rouge de notre film sur les requins il
a bien fallu malgré toutes les précautions prises consentir à affronter des
risques. A ce propos le médecin de bord, le Dr Millet, a fait une curieuse
remarque. Une espèce de psychose s’était emparée des plongeurs et de tout
l’équipage de la Calypso. Ce n’était pas de l’angoisse ou de la peur, plutôt
une excitation dont ils ne pouvaient plus se passer ; tout le monde finissait
par avoir besoin de sa ration journalière de requins. Il était impossible de
demander aux hommes de plonger moins... Toute la Calypso éprouvait
cette fièvre des requins. Je pense qu’elle avait en partie pour cause le sentiment de l’emporter sur les fauves de la mer. Jour après jour, les plongeurs
démontraient qu’ils pouvaient leur disputer la prééminence de la mer.
L’homme est finalement, même dans l’eau, l’adversaire le plus redoutable
à cause de son psychisme.
La mer vue de haut
Le 6 août, escale à Abu Marina, dans l’archipel des Suakin. Mais il
fait mauvais. Toujours du vent de sable qui vient de terre. Mer jaunâtre.
Eau bouchée.
Lorsque nous remontions la Mer Rouge vers le Nord, nous avons
suivi l’archipel des Far San, au plus épais des récifs. En redescendant vers
le Sud, nous passons au milieu des Suakin, nous efforçant de pénétrer au
cœur du Banc. Ainsi nous aurons parcouru les deux bordures de corail de
la Mer Rouge, rive Est et rive Ouest.
Ce monde du corail, c’est la cinquième ou sixième fois que je le
parcours. Je m’interroge sur les sentiments que j’éprouve à son égard.
Passé la surprise de la première rencontre, de mon premier voyage,
je crois que j’ai pour les coraux une admiration globale. Ils m’inspirent
un enchantement qui va au-delà des beautés de détail. Ce sont des
sentiments ambigus et complexes qui valent peut-être d’être analysés.
Je ne suis pas très porté à décrire les paysages. Ce qui me séduit dans
la Mer Rouge — il n’y a pas de doute, c’est l’endroit du monde que je
préfère — ce ne sont pas tellement les massifs de coraux vus de plongée,
réjouis de ce besoin de familiarité. Le nom est déjà le signe d’un rapprochement, d’une approche.
Au cours du tournage en Mer Rouge de notre film sur les requins il
a bien fallu malgré toutes les précautions prises consentir à affronter des
risques. A ce propos le médecin de bord, le Dr Millet, a fait une curieuse
remarque. Une espèce de psychose s’était emparée des plongeurs et de tout
l’équipage de la Calypso. Ce n’était pas de l’angoisse ou de la peur, plutôt
une excitation dont ils ne pouvaient plus se passer ; tout le monde finissait
par avoir besoin de sa ration journalière de requins. Il était impossible de
demander aux hommes de plonger moins... Toute la Calypso éprouvait
cette fièvre des requins. Je pense qu’elle avait en partie pour cause le sentiment de l’emporter sur les fauves de la mer. Jour après jour, les plongeurs
démontraient qu’ils pouvaient leur disputer la prééminence de la mer.
L’homme est finalement, même dans l’eau, l’adversaire le plus redoutable
à cause de son psychisme.
La mer vue de haut
Le 6 août, escale à Abu Marina, dans l’archipel des Suakin. Mais il
fait mauvais. Toujours du vent de sable qui vient de terre. Mer jaunâtre.
Eau bouchée.
Lorsque nous remontions la Mer Rouge vers le Nord, nous avons
suivi l’archipel des Far San, au plus épais des récifs. En redescendant vers
le Sud, nous passons au milieu des Suakin, nous efforçant de pénétrer au
cœur du Banc. Ainsi nous aurons parcouru les deux bordures de corail de
la Mer Rouge, rive Est et rive Ouest.
Ce monde du corail, c’est la cinquième ou sixième fois que je le
parcours. Je m’interroge sur les sentiments que j’éprouve à son égard.
Passé la surprise de la première rencontre, de mon premier voyage,
je crois que j’ai pour les coraux une admiration globale. Ils m’inspirent
un enchantement qui va au-delà des beautés de détail. Ce sont des
sentiments ambigus et complexes qui valent peut-être d’être analysés.
Je ne suis pas très porté à décrire les paysages. Ce qui me séduit dans
la Mer Rouge — il n’y a pas de doute, c’est l’endroit du monde que je
préfère — ce ne sont pas tellement les massifs de coraux vus de plongée,
