L’EPAVE AUX CHEVEUX BLANCS 139
comme le Goubet Arab ? Je ne le crois pas. Les bords de l’île sont constitués d’un mélange de terrain sédimentaire et schisteux sans trace d’activité
éruptive. D’ailleurs des trous de cette nature, il y en a pas mal dans le
plateau continental tout le long de la côte d’Afrique. La soucoupe en a
exploré un au Nord de Port Soudan et au Sud de l’île d’Abington. Leur
origine pour moi est totalement mystérieuse.
Dans la nuit nous revenons à Massaoua où la chaleur est toujours aussi
étouffante. En ce début du mois d’août, le séjour dans ce port aura été
vraiment pénible en raison de la chaleur et surtout du vent qui vient de
la terre, de l’Egypte, le Khamsin. C’est un vent du désert qui couvre le
bateau de sable. Aucune visibilité dans la mer. Pourtant nous nous obstinons
à poursuivre nos prises de vues au Nord et dans le voisinage de Massaoua.
Nous descendons presque tous les jours les cages antirequins. C’est ce
qu’on appelle à bord « l’opération La Balue », du nom de ce pauvre
Cardinal que Louis XI a enfermé pendant onze ans dans une cage de fer.
Il n’avait même pas la visite des squales et nous, nous en voyons beaucoup.
Sur la Calypso, l’équipage emploie très rarement le mot de « requin ».
Les plongeurs les appellent plus volontiers les « barbus ». Ils parlent aussi
de « balaises » ou de « Jean Louis ». Le surnom de Jean Louis est
classique. Il était d’un usage courant dans la Marine au long cours. Il est
étrange que nos camarades l’aient ainsi fait revivre et que ce terme, oublié
depuis des dizaines d’années, se soit perpétué à bord de la Calypso.
Mais pourquoi ces surnoms ? Les raisons pour lesquelles on y a
recours sont certainement complexes. Est-ce une espèce de superstition ?
Une façon détournée de marquer notre considération envers les redoutables
fauves de la mer ? Tout simplement un langage d’initiés ?
Trente hommes ne peuvent pas vivre dans un espace aussi restreint
que le pont de ce bateau et s’y livrer à toutes sortes de travaux et d’activités plus ou moins risqués sans se forger un vocabulaire.
Si on analysait ce langage du bord, il livrerait sans doute les pensées
secrètes et les préoccupations de nos camarades.
Il faut noter aussi le penchant que nous avons tous à donner un nom
aux animaux que nous rencontrons dans la mer ou sur la mer et surtout
à ceux que nous hébergeons à bord pendant plus ou moins longtemps et
qu’il nous faut rassurer, apprivoiser, nourrir. C’est ainsi qu’un baleineau
a été baptisé Jonas, les otaries sont devenues des vedettes de la Télévision
sous les noms de Pépito et de Cristobal...
Dans ce besoin de nom de baptême je vois surtout le souci de mieux
incorporer à notre groupe des animaux marins avec lesquels le contact n’est
pas toujours facile et qu’il faut traiter avec une affectueuse patience. Je me
comme le Goubet Arab ? Je ne le crois pas. Les bords de l’île sont constitués d’un mélange de terrain sédimentaire et schisteux sans trace d’activité
éruptive. D’ailleurs des trous de cette nature, il y en a pas mal dans le
plateau continental tout le long de la côte d’Afrique. La soucoupe en a
exploré un au Nord de Port Soudan et au Sud de l’île d’Abington. Leur
origine pour moi est totalement mystérieuse.
Dans la nuit nous revenons à Massaoua où la chaleur est toujours aussi
étouffante. En ce début du mois d’août, le séjour dans ce port aura été
vraiment pénible en raison de la chaleur et surtout du vent qui vient de
la terre, de l’Egypte, le Khamsin. C’est un vent du désert qui couvre le
bateau de sable. Aucune visibilité dans la mer. Pourtant nous nous obstinons
à poursuivre nos prises de vues au Nord et dans le voisinage de Massaoua.
Nous descendons presque tous les jours les cages antirequins. C’est ce
qu’on appelle à bord « l’opération La Balue », du nom de ce pauvre
Cardinal que Louis XI a enfermé pendant onze ans dans une cage de fer.
Il n’avait même pas la visite des squales et nous, nous en voyons beaucoup.
Sur la Calypso, l’équipage emploie très rarement le mot de « requin ».
Les plongeurs les appellent plus volontiers les « barbus ». Ils parlent aussi
de « balaises » ou de « Jean Louis ». Le surnom de Jean Louis est
classique. Il était d’un usage courant dans la Marine au long cours. Il est
étrange que nos camarades l’aient ainsi fait revivre et que ce terme, oublié
depuis des dizaines d’années, se soit perpétué à bord de la Calypso.
Mais pourquoi ces surnoms ? Les raisons pour lesquelles on y a
recours sont certainement complexes. Est-ce une espèce de superstition ?
Une façon détournée de marquer notre considération envers les redoutables
fauves de la mer ? Tout simplement un langage d’initiés ?
Trente hommes ne peuvent pas vivre dans un espace aussi restreint
que le pont de ce bateau et s’y livrer à toutes sortes de travaux et d’activités plus ou moins risqués sans se forger un vocabulaire.
Si on analysait ce langage du bord, il livrerait sans doute les pensées
secrètes et les préoccupations de nos camarades.
Il faut noter aussi le penchant que nous avons tous à donner un nom
aux animaux que nous rencontrons dans la mer ou sur la mer et surtout
à ceux que nous hébergeons à bord pendant plus ou moins longtemps et
qu’il nous faut rassurer, apprivoiser, nourrir. C’est ainsi qu’un baleineau
a été baptisé Jonas, les otaries sont devenues des vedettes de la Télévision
sous les noms de Pépito et de Cristobal...
Dans ce besoin de nom de baptême je vois surtout le souci de mieux
incorporer à notre groupe des animaux marins avec lesquels le contact n’est
pas toujours facile et qu’il faut traiter avec une affectueuse patience. Je me
