138 LA VIE ET LA MORT £ES CORAUX
Soudain Paul me tape sur l’épaule. Il me fait signe que son détendeur
fait de l’eau. Il veut remonter. Nous sommes au niveau d’une cheminée.
Je remonte très lentement avec Paul. Je lui offre mon embout qu’il refuse.
Ça a l’air d’aller mieux maintenant. Nous voici en surface, pas très loin du
chaland. C’est vraiment très beau. Il faudra revenir. Avec une exquise
gentillesse Paul s’excuse d’avoir gâché la fin de notre plongée.
Paul incarne tout à fait le type des garçons que nous sommes heureux
d’avoir formés à bord de la Calypso. Ils n’y apprennent pas seulement à
plonger, mais aussi ils connaissent les joies de la camaraderie et ils s’initient
à l’art de vivre en groupe avec tout ce que cela comporte de patience et
de tenue sur un bateau aussi petit que le nôtre.
Des traditions s’établissent. Les anciens transmettent aux nouveaux
leur expérience mais aussi leur idéal et leur amour de la mer profonde.
Cette influence d’une génération à l’autre était encore il y a un siècle
l’apanage de la marine à voiles. Je suis fier de constater qu’elle s’exerce
aussi sur la Calypso.
Pas de meilleur exemple à cet égard que celui de Paul Zuena : il a été
formé par Maurice Léandri, notre chef bosco, qui lui-même avait été
l’élève du Capitaine François Saout.
Aussitôt après notre retour à bord, l’équipe Deloire se met à l’eau
pour filmer l’épave. Nos camarades restent assez longtemps en plongée.
Il est probable qu’à la remontée, Michel Deloire a dû commettre une légère
imprudence en ne respectant pas les paliers de décompression. Il se plaint
d’une douleur dans la poitrine. Aussitôt nous l’enfermons dans le caisson
et nous le recomprimons. Mais c’est pour lui une rude épreuve, il doit rester
8 heures enfermé dans cet étroit cylindre, tandis que ses camarades s’efforcent
de le distraire en lui faisant des grimaces devant le hublot qui lui permet
tout de même de rester en contact avec le monde extérieur. Il en sort
complètement guéri.
Un puits mystérieux
Pendant que notre malheureux ami se morfondait dans son cylindre,
nous avons exploré l’étrange pays sous-marin où dorment de si nombreuses
épaves. Il est curieux de remarquer qu’à l’intérieur du Goubet le fond
atteint 150 mètres alors qu’il descend à moins de 80 mètres tout autour de
l’île. C’est donc un véritable puits dans la mer. Est-ce un cratère immergé
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