L’EPAVE AUX CHEVEUX BLANCS 135
Il y a, bien visible, la carcasse couchée d’un grand cargo. Tout au
Sud-Ouest et avant d’arriver sur l’épave, on distingue un petit bout de
tuyau de poêle rouillé. C’est l’extrémité du mât avant qui a la bonne idée
de dépasser la surface, seul signe visible d’un très grand bateau italien
coulé là pendant la guerre.
J’envoie aussitôt une équipe d’exploration composée de Philippe, de
Michel Deloire, de Canoé et de quelques autres qui sont toujours volontaires pour une promenade sous-marine, surtout sur une épave. Mais à part
mon fils, ils se montrent plutôt pessimistes. En leur posant des questions
plus précises, je peux me faire une idée de la situation au fond. Ce bateau
mort est vraiment très grand. Il repose par 35 à 40 mètres de profondeur.
L’épave disparaît sous des concrétions épaisses, des Madrépores, des
Mollusques, des Gorgones qui se sont multipliés avec une extraordinaire
exubérance. La difficulté, c’est évidemment le manque de lumière. Il est
bien exact que pendant les 8 ou 10 premiers mètres, l’eau est terriblement
opaque et forme écran. Dans les couches inférieures qui sont presque
claires, la lumière est interceptée et ne peut pas parvenir jusque-là.
— Eh bien, dis-je, il n’y a qu’à descendre des projecteurs.
Je m’équipe pour plonger sur l’épave. Je prends pour compagnon Paul
Zuena et je lui dis d’emporter une torche Ruggieri. Nous allons l’essayer
et ce serait bien étonnant qu’elle ne nous donne pas de lumière. Ces torches
ont été conçues par l’artificier Ruggieri pour brûler dans l’eau et elles nous
ont toujours donné des effets cinématographiques très spectaculaires.
Des cannes d’aveugle
Je descends le long du mât, très lentement par précaution, avant même
de sentir mes oreilles, à cause d’un rhume. Et en effet dès 2 mètres, avant
d’avoir mal, je constate que j’équilibre difficilement. Raison de plus pour
redoubler de lenteur. L’eau est blanche, très trouble, près de la surface et
sur une bonne épaisseur.
J’ai le temps d’examiner à loisir la faune abondante fixée sur l’acier
de la partie haute du mât. Presque tout y est mou. Presque tout se rétracte
ou se contracte au moindre contact. C’est assez dégoûtant, bien que jusqu’ici
aucun être ne se soit révélé urticant.
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