PIEGES DE CORAIL 131
Pourtant nous n arrivons pas tout a fait à y croire. Nous restons
convaincus que nous allons pouvoir repartir vers le Nord et que nous
saurons nous faufiler dans le canal. C’est une navigation qui ne nous paraît
pas beaucoup plus hasardeuse que les couloirs de corail des Far San. Il y a
des bateaux coulés dans le canal ? On passera à côté.
Nous sommes furieux que les Egyptiens ne nous laissent pas partir.
Revenu à Suez, je multiplie les démarches, je mobilise l’Ambassadeur de
France répétant : « Laissez-nous donc essayer ! »
Je n’ai convaincu personne, mais je reste persuadé aujourd’hui encore
que nous aurions réussi à passer.
Les hostilités ayant cessé entre Israël et l’Egypte, le capitaine Bougaran
arrive pour remplacer le capitaine Roger Maritano. Tout le monde à bord
peut être relevé en trois fournées successives. La croisière reprend, mais
vers le Sud.
La nouvelle équipe qui vient de France est composée en majorité de
garçons que je connais et qui ont déjà été à bord de la Calypso. Ce ne sont
pas des débutants. Il va falloir tout de même les prendre en mains et les
mettre dans le bain. Je peux compter pour cela sur notre chef plongeur
Canoé Kientzy et sur quelques as qui encadreront les « nouveaux ».
J’envoie mon fils Philippe aux Etats-Unis, à Sioux Falls, pour apprendre
à piloter un « hot air balloon », car j’ai commandé un ballon à air chaud,
formule moderne de la montgolfière, qui doit arriver fin août à Massaoua
et que nous embarquerons sur la Calypso. Ce ballon nous rendra par la
suite les plus grands services pour repérer les passes des atolls avant que la
Calypso ne s’y engage.
Dès que le plein d’eau peut être fait, le 21 juillet, la Calypso appareille
avec son nouvel équipage. Le 23, mouillage devant Saint Jean, une petite
île avec un phare, à mi-chemin entre le Détroit de Jubal et Port Soudan.
Canoé Kientzy, chef plongeur, veut mettre à l’épreuve les nouveaux venus
et observer leurs premières réactions en face des requins. Ceux-ci ne manquent pas. Ils défilent assez calmes, souverainement méprisants à l’égard
des plongeurs, les gratifiant au passage d’un regard faussement indifférent.
Nos nouveaux camarades ne manifestent aucune nervosité. Tout se passe
bien. Nous avons une bonne équipe digne des « anciens ».
Le lendemain, arrêt à Abington, à 70 milles dans le Nord de Port
Soudan. C’est un récif tout rond qui monte verticalement des grands fonds.
Lorsque l’on se met à l’eau aux abords de certains îlots de la Mer Rouge
on est stupéfait de constater qu’ils surgissent si brusquement de l’abîme.
Ce sont des flèches de cathédrale isolées dans la mer, émergeant d’un vide
impressionnant. Le regard se perd dans ces profondeurs qui se creusent
Précédent

- 130/299

Suivant