130 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
grande séance de tournage plongeurs et poissons à la pointe Sud, puis
nous appareillons pour Port Soudan.
La tension entre l’Egypte et Israël arrive à un point voisin de la
rupture. Je cours chez notre agent, Conto Michalos, pour lui demander
de me faire partir au plus vite sur Paris.
5 juin, catastrophe ! Les hostilités ont débuté entre l’Egypte et Israël.
En fin de matinée la nouvelle se répand : le Soudan déclare aussi la guerre
à Israël. Des manifestations se déroulent dans les rues. Deux de nos amis
reçoivent des pierres. L’avion de midi, dans lequel je devais m’embarquer,
est reporté à 5 heures du soir, puis à 7 heures. Malgré la guerre, tout le
monde fait la sieste jusqu’à 4 heures. L’atmosphère au Soudan Airways
est hostile. Conto Michalos fait ce qu’il peut, mais lui-même est bien peu
de chose.
Enfin le soir à 7 heures, je me rends à l’aéroport avec mes papiers
en règle et une place retenue. Je suis accompagné par Bébert et Didi qui
restent là jusqu’à ce que je décolle. Mon avion est retardé par un événement
assez extraordinaire : l’un après l’autre, tous feux éteints, trois Fokker
de la Mistra Air, la Compagnie de navigation aérienne égyptienne, atterrissent à Port Soudan. Il n’y a aucun passager, pas d’hôtesse, mais des
équipages militaires qui se précipitent auprès des officiels soudanais et leur
racontent des tas de choses en arabe en buvant du café.
Mon avion décolle enfin.
Relève
La Calypso sans moi gagne Suez et elle attend dans la rade avec
X Espadon à couple. Il ne reste plus que deux matelots sur YEspadon. La
Calypso a débarqué sur le quai de Suez, pour les renvoyer en France, des
caisses contenant les scooters, des caméras, du matériel de cinéma. Nos
caisses sont mitraillées par des avions israéliens et tout est démoli.
Le 14 juillet la raffinerie de pétrole de Suez est bombardée. Les éclats
d’obus tombent tout autour de la Calypso. Pour la fête nationale l’équipage
a droit à un feu d’artifice exceptionnel. Zoom terrorisé va se cacher dans
la cale et il est très difficile de l’en faire sortir. Ses bajoues tremblent. Mais
la Calypso est sous le vent des réservoirs d’essence qui brûlent et elle
disparaît sous une épaisse fumée noire. Cette fois la guerre est sur nous.
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