PIEGES DE CORAIL 117
qu’un boutre a pu échapper à un pirate grâce à un gosse perché sur le
mât et qui guettait les passages où le bateau pouvait se glisser entre les
pâtés de coraux.
Le portique a fait ses preuves et nous nous félicitons tous les jours
d’avoir une vigie à cette hauteur. C’est ce dispositif qui permet à la Calypso
d’évoluer entre des récifs aussi rapprochés. Dans les mauvais moments,
nous avons là-haut plusieurs guetteurs en permanence et j’y monte moimême souvent. Ne serait-ce que pour contempler toute la gamme de verts
et de bleus qu’offre l’eau. Ces variations de teintes nous permettent de
pressentir la profondeur. Nous en arrivons, grâce à elles, à nous faire une
image à peu près exacte du fond. Le bleu nuit est bon signe : c’est un
grand fond. Le vert foncé, on peut passer. Le vert bouteille clair indique un
récif. Le vert presque jaune, c’est grave : plus de fond, du sable. Mais la
position du soleil par rapport à notre marche, sa hauteur dans le ciel
nuisent trop souvent à la visibilité... C’est aussi une affaire d’intuition.
La jungle du corail
Il faut bien consentir à avancer le plus profondément possible dans
ce piège à bateaux qui s’étend sur plusieurs centaines de milles et demeure
à peu près inconnu. Un des thèmes que nous nous sommes fixés pour nos
travaux en Mer Rouge c’est précisément l’étude du corail et l’exploration
des bancs et des récifs barrières qui s’étendent du Nord au Sud aussi bien
sur la côte arabe que sur la côte africaine.
Le pays du corail, avec ses dédales, ses tours crénelées, ses falaises
à pic et ses grottes, abrite d’innombrables poissons sédentaires. Une vie
collective très complexe impose à la jungle du récif ses lois, ses fêtes et
ses tragédies. Tout cela se traduit par un ballet permanent que de temps
à autre traverse la mort.
Deloire raconte sa plongée de ce matin : « Un tombant de 25 mètres
aboutissait à un plateau. Toute la paroi verticale était merveilleuse. Sur le
plateau se coudoient toutes les espèces de poissons que nous connaissons :
les papillons, les poissons radio avec leur antenne, les perroquets... Tout
à coup j’ai vu un requin foncer dans un banc de carangues comme un fou,
en donnant des coups de tête à droite et à gauche, la gueule ouverte. C’est
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