118 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
la première fois que je vois ça et il allait tellement vite que je n’ai même
pas pu voir s’il en attrapait. »
Pour se défendre, plusieurs espèces de poissons du récif vivent en
bandes. Le moyen est efficace car il faut alors que le prédateur réussisse à
isoler un individu. Il est dérouté par le nombre, par la masse compacte et
mouvante de tous les poissons.
Les massifs de coraux constituent un milieu bien défini qui est le
domaine de nombreuses espèces de poissons et elles ne se trouvent que là.
Ces poissons sont particulièrement adaptés à la vie du récif. Leur forme très
plate, souvent ronde, leurs nageoires très mobiles leur permettent de tourner
vivement dans toutes les directions, de virer sur eux-mêmes pour se cacher
dans les anfractuosités du corail, ce qui est vital pour eux.
Leurs couleurs, les dessins souvent magnifiques qu’ils arborent font
d’eux les plus éclatants de tous les poissons. Beaucoup changent de « parure »
avec l’âge, la saison ou le sexe. Les anciens ichthyologistes ont parfois pris
pour des espèces différentes des aspects successifs d’un même poisson.
Pourquoi cette débauche de teintes chez les habitants du corail ? C’est
une question à laquelle on n’a encore que partiellement répondu. La couleur
est peut-être une manière de protection. Les rayures et les taches détourneraient l’attention de l’ennemi et permettraient au poisson menacé de se
confondre avec le décor corallien. L’argument n’est pas très bon : il est
bien certain qu’un poisson rayé de bleu et d’or ne passe pas inaperçu et
sa parure ne peut être considérée comme un camouflage, même dans le
décor brillamment coloré du monde des coraux.
Récemment le grand zoologiste Konrad Lorenz a proposé une autre
explication : les poissons de coraux arboreraient leurs « couleurs » pour se
reconnaître comme des chevaliers au combat. La parure concernerait moins
les étrangers que les semblables. Car sur le récif chacun a son « territoire » (1)
dont il défend farouchement l’accès à tous ceux de sa race. La parure liée
à la vie sexuelle serait surtout un avertissement aux rivaux de la même
espèce.
En fait je pense que ces dessins et ces couleurs éclatantes sont à de
multiples fins. Beaucoup de poissons portent des marques distinctives pour
se faire reconnaître et respecter plutôt que pour se dissimuler et leurs
attitudes sont des tentatives d’intimidation. Le Pteroïs en cas de danger
sort toutes ses épines, déploie tous ses voiles. Cette démonstration doit
(1) Nous verrons l’importance du «territoire» à propos des expériences sur les mérous^
Disons qu’il s’agit d’un espace vital que les animaux marins défendent avec autant d’âpreté
que les animaux terrestres.
la première fois que je vois ça et il allait tellement vite que je n’ai même
pas pu voir s’il en attrapait. »
Pour se défendre, plusieurs espèces de poissons du récif vivent en
bandes. Le moyen est efficace car il faut alors que le prédateur réussisse à
isoler un individu. Il est dérouté par le nombre, par la masse compacte et
mouvante de tous les poissons.
Les massifs de coraux constituent un milieu bien défini qui est le
domaine de nombreuses espèces de poissons et elles ne se trouvent que là.
Ces poissons sont particulièrement adaptés à la vie du récif. Leur forme très
plate, souvent ronde, leurs nageoires très mobiles leur permettent de tourner
vivement dans toutes les directions, de virer sur eux-mêmes pour se cacher
dans les anfractuosités du corail, ce qui est vital pour eux.
Leurs couleurs, les dessins souvent magnifiques qu’ils arborent font
d’eux les plus éclatants de tous les poissons. Beaucoup changent de « parure »
avec l’âge, la saison ou le sexe. Les anciens ichthyologistes ont parfois pris
pour des espèces différentes des aspects successifs d’un même poisson.
Pourquoi cette débauche de teintes chez les habitants du corail ? C’est
une question à laquelle on n’a encore que partiellement répondu. La couleur
est peut-être une manière de protection. Les rayures et les taches détourneraient l’attention de l’ennemi et permettraient au poisson menacé de se
confondre avec le décor corallien. L’argument n’est pas très bon : il est
bien certain qu’un poisson rayé de bleu et d’or ne passe pas inaperçu et
sa parure ne peut être considérée comme un camouflage, même dans le
décor brillamment coloré du monde des coraux.
Récemment le grand zoologiste Konrad Lorenz a proposé une autre
explication : les poissons de coraux arboreraient leurs « couleurs » pour se
reconnaître comme des chevaliers au combat. La parure concernerait moins
les étrangers que les semblables. Car sur le récif chacun a son « territoire » (1)
dont il défend farouchement l’accès à tous ceux de sa race. La parure liée
à la vie sexuelle serait surtout un avertissement aux rivaux de la même
espèce.
En fait je pense que ces dessins et ces couleurs éclatantes sont à de
multiples fins. Beaucoup de poissons portent des marques distinctives pour
se faire reconnaître et respecter plutôt que pour se dissimuler et leurs
attitudes sont des tentatives d’intimidation. Le Pteroïs en cas de danger
sort toutes ses épines, déploie tous ses voiles. Cette démonstration doit
(1) Nous verrons l’importance du «territoire» à propos des expériences sur les mérous^
Disons qu’il s’agit d’un espace vital que les animaux marins défendent avec autant d’âpreté
que les animaux terrestres.
