116 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
que le corail noir, qui appartient à l’ordre des Antipathaires, serait plus
résistant à l’impureté des eaux que les Madréporaires.
Dans l’eau, le corail noir apparaît marron clair. Les plus grosses
branches peuvent atteindre 3 ou 4 centimètres de diamètre et on ne peut
les prendre qu’en les coupant à la scie. Dans toute l’Arabie c’est une matière
considérée comme précieuse, douée de vertus protectrices, dont on fait des
colliers et des chapelets. Mais le corail noir est rare. En outre, il est urticant.
Raymond Coll en a saisi une branche avec ses gants de plongée et il
a eu la malencontreuse idée, revenu en surface et ayant enlevé son masque,
de se frotter l’œil avec son gant. Le lendemain il était borgne. Il a beaucoup
souffert pendant plusieurs jours.
Plus nous remontons vers le Nord et plus les coraux nous semblent
malades. C’est ce qui nous frappe le plus. Dans ce cul-de-sac du Golfe
de Suez vers lequel nous progressons, les courants, les vents brassent la
mer sur place sans la nettoyer. Les deux tiers des petites îles des Far San
du Nord sont devenues des réceptacles à ordures et sont empoisonnées de
mazout. Les coraux baignent dans une eau triste et sont peu à peu couverts
d’une horrible glu verte. Tout s’éteint dans la mer.
C’est aux abords de Djeddah, le port de La Mecque, que les dégâts
dans la mer nous ont paru les plus considérables. Il est vrai qu’à cette époque
le Canal de Suez n’était pas encore fermé et qu’il y avait en Mer Rouge un
grand trafic de paquebots et de pétroliers. Aujourd’hui les pétroliers font
le détour par le Cap de Bonne Espérance. Peut-être au cours d’une croisière
à venir verrons-nous des eaux moins sales et un corail ressuscité. Mais
ressuscitera-t-il ? Sa vie est précaire et capricieuse. Il y a bien des années
qu’elle me préoccupe.
L’influence de Monjreid
Ma passion pour la Mer Rouge est née dès mon adolescence, à la lecture
des livres de Monfreid sur les pêcheurs de perles, les pirates, les esclaves
et le trafic du haschich.
C’est chez Monfreid que j’ai pris l’idée du portique installé à l’avant
de la Calypso et qui permet d’observer de haut le labyrinthe des récifs au
milieu desquels nous naviguons en ce moment même. Monfreid raconte
que le corail noir, qui appartient à l’ordre des Antipathaires, serait plus
résistant à l’impureté des eaux que les Madréporaires.
Dans l’eau, le corail noir apparaît marron clair. Les plus grosses
branches peuvent atteindre 3 ou 4 centimètres de diamètre et on ne peut
les prendre qu’en les coupant à la scie. Dans toute l’Arabie c’est une matière
considérée comme précieuse, douée de vertus protectrices, dont on fait des
colliers et des chapelets. Mais le corail noir est rare. En outre, il est urticant.
Raymond Coll en a saisi une branche avec ses gants de plongée et il
a eu la malencontreuse idée, revenu en surface et ayant enlevé son masque,
de se frotter l’œil avec son gant. Le lendemain il était borgne. Il a beaucoup
souffert pendant plusieurs jours.
Plus nous remontons vers le Nord et plus les coraux nous semblent
malades. C’est ce qui nous frappe le plus. Dans ce cul-de-sac du Golfe
de Suez vers lequel nous progressons, les courants, les vents brassent la
mer sur place sans la nettoyer. Les deux tiers des petites îles des Far San
du Nord sont devenues des réceptacles à ordures et sont empoisonnées de
mazout. Les coraux baignent dans une eau triste et sont peu à peu couverts
d’une horrible glu verte. Tout s’éteint dans la mer.
C’est aux abords de Djeddah, le port de La Mecque, que les dégâts
dans la mer nous ont paru les plus considérables. Il est vrai qu’à cette époque
le Canal de Suez n’était pas encore fermé et qu’il y avait en Mer Rouge un
grand trafic de paquebots et de pétroliers. Aujourd’hui les pétroliers font
le détour par le Cap de Bonne Espérance. Peut-être au cours d’une croisière
à venir verrons-nous des eaux moins sales et un corail ressuscité. Mais
ressuscitera-t-il ? Sa vie est précaire et capricieuse. Il y a bien des années
qu’elle me préoccupe.
L’influence de Monjreid
Ma passion pour la Mer Rouge est née dès mon adolescence, à la lecture
des livres de Monfreid sur les pêcheurs de perles, les pirates, les esclaves
et le trafic du haschich.
C’est chez Monfreid que j’ai pris l’idée du portique installé à l’avant
de la Calypso et qui permet d’observer de haut le labyrinthe des récifs au
milieu desquels nous naviguons en ce moment même. Monfreid raconte
