LIBRES DANS LA MER 87
tentative est plus rentable : une otarie de la grosseur de Pepito est ramenée
à bord.
Elle semble très mécontente et cherche éperdument à mordre. Nous
voulons la mettre derrière les filets qui entourent l’enclos de la plage arrière,
afin que les Péruviens puissent l’examiner à loisir. Mais le doux Pepito, au
contact de ce nouveau venu, est soudain très nerveux. Il escalade le parc à
aussières et plonge dans la mer.
Le salabre est vite dégagé et le chaland, avec Maurice Leandri et
Marius, entame la poursuite. Ils emportent une provision de calmars. Mais
rien à faire pour attirer Pepito. Il mange du bout des lèvres, va lentement
vers la terre, puis plonge... et plus rien. On croit l’apercevoir partout, on va
voir de plus près, mais on ne peut dire si c’est lui ou un de ses cousins qui
fait un tour d’horizon.
Entre-temps, les deux Péruviens ont rendu leur verdict : l’otarie que
nous venons de ramener à bord est bien de la même espèce que Pepito et
Christobald : Arctocephalus australis. Elle est un peu plus brune avec un
nez à peine plus long.
Par radio, je donne aussitôt l’ordre au chaland de cesser la poursuite
et de revenir à bord. J’ai un bon prétexte : l’ancre a chassé à une renverse
de courant et Caillart est obligé de changer de mouillage.
Un petit malaise règne à bord. Chacun se doute qu’il se passe quelque
chose. Toutes les craintes sont confirmées lorsque je donne l’ordre de
remettre à la mer l’otarie locale... L’animal s’éloigne de la Calypso. Nous
le perdons de vue.
Tout le monde a compris, et la tristesse est sensible aussi bien sur
la plage arrière que sur la passerelle.
Mais n’était-ce pas la meilleure solution ? Si nous avions gardé plus
longtemps Pepito, il se serait attaché irrémédiablement à nous. Comme nous
ne pouvions pas le conserver indéfiniment à bord, son avenir aurait été
encore plus triste : c’était la captivité assurée dans un zoo, ou dans un
marineland, où il serait certainement devenu un « animal dressé », et c’était
cela que je voulais éviter. Le mieux n’était-il pas de lui donner la possibilité
de retrouver son espèce ?
Sans doute, nous avons assumé une grave responsabilité, et j’en ai été
conscient dès les premiers moments, à Capetown, mais le fait qu’une telle
aventure entre des otaries et des plongeurs ait pu avoir lieu est déjà un
événement important dans l’histoire des rapports hommes-animaux.
Les sentiments que nous avons inspirés à Pepito et Christobald ne
sont pas niables. Pendant plus d’un mois, deux animaux marins ont été nos
libres compagnons dans la mer.
tentative est plus rentable : une otarie de la grosseur de Pepito est ramenée
à bord.
Elle semble très mécontente et cherche éperdument à mordre. Nous
voulons la mettre derrière les filets qui entourent l’enclos de la plage arrière,
afin que les Péruviens puissent l’examiner à loisir. Mais le doux Pepito, au
contact de ce nouveau venu, est soudain très nerveux. Il escalade le parc à
aussières et plonge dans la mer.
Le salabre est vite dégagé et le chaland, avec Maurice Leandri et
Marius, entame la poursuite. Ils emportent une provision de calmars. Mais
rien à faire pour attirer Pepito. Il mange du bout des lèvres, va lentement
vers la terre, puis plonge... et plus rien. On croit l’apercevoir partout, on va
voir de plus près, mais on ne peut dire si c’est lui ou un de ses cousins qui
fait un tour d’horizon.
Entre-temps, les deux Péruviens ont rendu leur verdict : l’otarie que
nous venons de ramener à bord est bien de la même espèce que Pepito et
Christobald : Arctocephalus australis. Elle est un peu plus brune avec un
nez à peine plus long.
Par radio, je donne aussitôt l’ordre au chaland de cesser la poursuite
et de revenir à bord. J’ai un bon prétexte : l’ancre a chassé à une renverse
de courant et Caillart est obligé de changer de mouillage.
Un petit malaise règne à bord. Chacun se doute qu’il se passe quelque
chose. Toutes les craintes sont confirmées lorsque je donne l’ordre de
remettre à la mer l’otarie locale... L’animal s’éloigne de la Calypso. Nous
le perdons de vue.
Tout le monde a compris, et la tristesse est sensible aussi bien sur
la plage arrière que sur la passerelle.
Mais n’était-ce pas la meilleure solution ? Si nous avions gardé plus
longtemps Pepito, il se serait attaché irrémédiablement à nous. Comme nous
ne pouvions pas le conserver indéfiniment à bord, son avenir aurait été
encore plus triste : c’était la captivité assurée dans un zoo, ou dans un
marineland, où il serait certainement devenu un « animal dressé », et c’était
cela que je voulais éviter. Le mieux n’était-il pas de lui donner la possibilité
de retrouver son espèce ?
Sans doute, nous avons assumé une grave responsabilité, et j’en ai été
conscient dès les premiers moments, à Capetown, mais le fait qu’une telle
aventure entre des otaries et des plongeurs ait pu avoir lieu est déjà un
événement important dans l’histoire des rapports hommes-animaux.
Les sentiments que nous avons inspirés à Pepito et Christobald ne
sont pas niables. Pendant plus d’un mois, deux animaux marins ont été nos
libres compagnons dans la mer.
