86 COMPAGNONS DE PLONGEE
La seule solution, digne de lui et de nous, consiste à lui rendre sa
liberté dans une région où vivent d’autres otaries à fourrure. Après tous
ces mois passés ensemble, la séparation, certainement, nous semblera cruelle,
tant les otaries s’étaient intégrées à notre vie, aussi bien à bord de la Calypso
qu’en plongée dans la mer.
Il serait absurde de prolonger l’expérience puisque, désormais, la
preuve que nous voulions faire apparaît éclatante : les mammifères marins
peuvent se montrer presque aussi attachés à l’homme que les mammifères
terrestres.
En effet, l'expédition qui est maintenant à notre programme, doit nous
conduire en plein milieu des Andes, au lac Titicaca, à près de 4 000 mètres
d’altitude. Nous pourrions laisser l’otarie à bord de la Calypso, mais l’équipe
y sera très réduite. La présence de Pepito imposerait un surcroît de travail,
une surveillance qui pèserait sur un très petit nombre d’hommes, car nous
aurons besoin de toutes les énergies pour mettre les sous-marins miniatures
sur le train, les débarquer en pleine montagne et aussi étudier la physiologie
de la plongée en haute altitude.
Nous nous dirigeons de Callao à Mollendo, port péruvien où nous
devons débarquer pour l’expédition du lac Titicaca (1).
Désormais, instruction est donnée à Claude Caillart, notre capitaine, et
à toute l’équipe, de guetter les colonies d’otaries qui, je le sais, sont nombreuses sur les côtes Pacifique d’Amérique du Sud. J’ai mon idée, et, pour
mieux la réaliser, j’ai invité à bord deux spécialistes péruviens des mammifères marins.
Le 30 septembre, nous mouillons à huit heures du matin devant les
îles Chinchas. Nous apercevons quelques otaries sur le rivage. J’envoie un
chaland sous la direction de Raymond Coll, notre meilleur hispanisant. Il
parle avec deux délégués de la Compagnie du Guano*, qui lui affirment
que les rockeries sont vides actuellement.
L’équipe revient assez vite sans avoir trouvé d’otaries en nombre
intéressant.
Nous relevons l’ancre, passons devant un caillou désert, et allons aux
îles Ballistas plus au sud, pour y faire une « station ». Nous mouillons donc
vers midi entre les deux îles. Le gardien vient à bord, à l’aviron, et s’explique
avec nos savants péruviens. Nous apercevons quelques groupes d’otaries
faisant la sieste. Je veux savoir à quelle espèce elles appartiennent.
Le chaland s’en va, avec Canoé, Jean-Paul Bassaget et Sumian. Un
premier tour de l’île est infructueux, toutes les otaries ayant sauté à l’eau.
Il y a des grottes, paraît-il, superbes avec beaucoup d’otaries. Une deuxième
(1) Voir J.-Y. Cousteau et Ph. Diolé, Trois aventures de la Calypso, Flammarion, éd.
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