82 COMPAGNONS DE PLONGEE
Pour les grands bateaux, il n’y a aucune difficulté à naviguer dans le
canal : une équipe spécialisée monte à bord et assure toutes les manœuvres.
Mais la Calypso a un trop faible tonnage pour qu’on remplisse les écluses
uniquement pour elle. Aussi, passe-t-elle toujours à couple* avec un autre
bateau plus grand, ce qui oblige notre équipe à manœuvrer les aussières et
à veiller à la sécurité. Tout le long du canal, des « mules », qui sont des
petits tracteurs électriques sur rails, remorquent les navires avec des aussières,
deux devant, deux derrière, le faisant avancer ou le retenant pour qu’il n’aille
pas se heurter à une porte d’écluse. La Calypso n’a pas droit aux mules.
Lorsque celles-ci ont mis en place un autre bateau, la Calypso se met à
couple et s’amarre à lui. Au moment où le sas se remplit, il se produit un
fort courant.
Je donne ici quelques passages du journal de Claude Caillart, qui
était le capitaine de la Calypso au moment du franchissement du canal de
Panama.
Vendredi 20 septembre 1968. Le pilote arrive à 8 heures et nous
partons aussitôt. Nous prenons la file derrière un cargo cubain. Nous apercevons à son bord un détachement de Marines. Seuls, les navires cubains
sont soumis à cette surveillance dans toute la zone du canal.
« Le lac de Gatun est très beau vu du bateau. Des cimes d’arbres
émergent du plan d’eau. Ce sont des arbres qui poussaient déjà là avant la
venue de Lesseps, et avant le creusement du canal. Ils sont toujours vivants.
Et leur tête, épanouie en bouquet, apparaît très verte au-dessus de l’eau
couleur de plomb.
« L’entrée dans l’écluse de Gatun est le passage le plus délicat de
toute la traversée du canal : un fort courant, sortant de l’écluse en éventail,
tend à rabattre le bateau vers les murs. A petite vitesse, en changeant de
ligne d’arbre souvent, tout se passe bien. Nous accostons à tribord un gros
remorqueur, le Rousseau, qui nous traînera, ensuite, d’un premier bief au
second, puis au troisième. L’eau grimpe en bouillonnant d’une manière
impressionnante, et la Calypso paraît bien petite. Dans le deuxième bief,
nous sommes à la même hauteur qu’un cargo de la transat, l’Anjou. Nous
nous saluons par radio, et nous nous donnons rendez-vous à Callao, où il
fait escale régulièrement.
« La porte de l'écluse s’ouvre, le cubain s'en va et nous le suivons.
Nous montons assez vite pour le doubler par tribord, si bien que le chefpilote vient à la passerelle se plaindre, évoquant les règlements du S.T.M.
Je lui oppose les nécessités de la manœuvre et il part moins fâché.
« Nous avons du mal à doubler notre concurrent, et nous n’y parvenons
qu’en coupant tous les virages au ras des bouées, au besoin en prenant des
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