LIBRES DANS LA MER 83
raccourcis. Le pilote ne veut toutefois pas nous faire emprunter le chenal
des bananiers, qui est petit, mais a l’air bien plaisant. Ce pilote est très
cocasse, avec son casque colonial, son sac et sa thermos d’eau américaine.
« Nous ralentissons à l’entrée de la Gaillard Cut, la fameuse Culebra.
Il y a un gros pétrolier de 848 pieds devant nous, et par ailleurs, on élargit
le canal pour l’amener de 300 à 500 pieds. Nous en profitons pour doubler
un cargo espagnol, dans un grain, juste sous la plaque commémorant les
travaux français. Le gros prédécesseur a du mal à entrer dans l’écluse de
Pedro Miguel, malgré quatre pilotes à bord et quatre remorqueurs. Les
mules le prennent en charge, la porte se ferme, la chaîne qui protège la
porte se tend et nous allons accoster pour attendre sa sortie. L’accostage
est rendu difficile par un courant de l’arrière, qui fait un peu tosser* la
coque sur la grosse défense en caoutchouc. Le tanker sort enfin du bief, la
porte s’ouvre, et nous entrons sans l’aide des mules, nous amarrer au milieu
avec deux pointes avant, deux pointes arrière. Puis, c’est la sortie de Pedro
Miguel. On voit déjà le tanker norvégien engagé dans Miraflores. Le pilote
me dit de faire vite, mais, cette fois, je respecte les délais de montée en
allure. L’accostage est plus brutal que dans Pedro Miguel, le courant étant
plus fort. Mais la coque a porté en bas sur le caoutchouc, et la joue tribord
avant sur la défense en bois, ce qui a un peu secoué le bateau et gratté la
peinture. Miraflores a deux biefs, et le passage d’un bief à l’autre, avec un
fort courant de l’arrière, rend la manœuvre encore moins aisée. Nous nous
collons un peu à une des parois, et nous amarrons ensuite dans l’axe en
virant nos aussières. Puis le niveau du Pacifique est rejoint. Je commence
à en avoir assez des écluses et du canal.
« Dès que la porte s’entrouvre, en avant, en route en plein dans un
orage éblouissant, tonitruant, diluvien. Nous allons de bouée en bouée,
croisant quelques cargos en sens inverse.
« Deux vedettes nous accostent devant Balboa, apportant la « clearence », les calmars pour Pepito, quelques miches de pain.
« Nous passons sous le pont de Panama, toujours sous la pluie, et le
pilote nous quitte à 18 heures 20, digne sous son parapluie et son casque
colonial. Nous contournons les îles, puis faisons route vers Palmelo. »
La liberté
J’ai décidé de relâcher Pepito dès que les conditions de son retour à
la vie sauvage me sembleront assurées.
Au voisinage de Porto Rico, où ont lieu les plongées avec les otaries, les fonds sont particulièrement
riches : des poissons multicolores évoluent au milieu des coraux.
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