78 COMPAGNONS DF. PLONGEE
Il reste donc très peu d’espoir de revoir Christobald. Pourtant nous le
cherchons pendant les jours qui suivent. Pepito erre, comme une âme en
peine, dans les coursives de la Calypso, et il semble déplorer l’absence de
son compagnon.
Tout le monde, à bord, est navré, et Zoom lui-même paraît triste.
Chaque jour, les plongeurs se mettent à l’eau, à des endroits différents. Mais
ils n’aperçoivent pas Christobald. C’était le plus cabochard des deux, le
plus sauvage, mais après tout, son besoin de liberté n’est pas antipathique,
loin de là.
Pepito, tout seul maintenant, se jette à plusieurs reprises dans les bras
de son ami Raymond Coll pour se faire consoler. C'est le « bon Toto », on
en fait ce qu’on veut. Il est touchant. Ne serait-il pas tout à fait désarmé si
on le rendait à la nature ?
L'eau et le carburant s’épuisent, et à contre-cœur, nous regagnons
Porto Rico à quelque 300 kilomètres de là.
Lorsque la Calypso arrive à quai à San Juan de Porto Rico, en ouvrant
le journal local, le San Juan Star, nous voyons, avec stupeur, la photo de
Christobald, à qui un pêcheur de San Juan donne une sardine. Ainsi, pendant
neuf jours, Christobald a vécu sa vie et a eu, sans doute, du mal à trouver
sa nourriture. Il a parcouru au moins 100 milles marins, de Mona à
San Juan, puis, probablement affamé, s’est « rendu » au premier homme
rencontré, un pêcheur dans sa barquette à un mille du port seulement.
Deuxième miracle, le pêcheur, au lieu de le harponner ou de l’assommer,
a eu la bonne idée de le faire monter dans sa barque, en lui offrant une
sardine et en lui mettant un nœud coulant autour du cou ! Sans le connaître
encore, je nourris de l’estime pour le dénommé Juan Médina. Un reporter
du Star vient dimanche soir : comme il ne paraît pas très coopératif, j’envoie
ma femme Simone et Michel à la recherche du pêcheur et des gens qui ont
acheté l’otarie. Après des péripéties incroyables au Club Nautique où on
refuse tout net de donner le nom et l’adresse de l’acquéreur, ils finissent par
débrouiller l’énigme. C’est une Madame W... Simone et Michel sonnent chez
elle. Ils sont assez mal reçus, mais arrivent à obtenir un rendez-vous pour
moi à 6 heures du soir.
J’y vais avec Michel, et on m’a prévenu que j’aurai besoin de déployer
« tout mon charme ». En effet : je sonne, bien que la porte soit ouverte.
Un type assez agressif, en tenue débraillée, gros ventre en avant, apparaît.
Naïvement, j’attaque : « M. W... sans doute ». « Pas du tout », répond-il,
nettement hostile. J’ai gaffé, Mme W... est divorcée, son mari vit à New
York. Sentant l’échec, je force la place. Avec un large sourire et des mots
aimables, j’entre et me dirige vers le salon. Sans le laisser souffler, j’attaque
Il reste donc très peu d’espoir de revoir Christobald. Pourtant nous le
cherchons pendant les jours qui suivent. Pepito erre, comme une âme en
peine, dans les coursives de la Calypso, et il semble déplorer l’absence de
son compagnon.
Tout le monde, à bord, est navré, et Zoom lui-même paraît triste.
Chaque jour, les plongeurs se mettent à l’eau, à des endroits différents. Mais
ils n’aperçoivent pas Christobald. C’était le plus cabochard des deux, le
plus sauvage, mais après tout, son besoin de liberté n’est pas antipathique,
loin de là.
Pepito, tout seul maintenant, se jette à plusieurs reprises dans les bras
de son ami Raymond Coll pour se faire consoler. C'est le « bon Toto », on
en fait ce qu’on veut. Il est touchant. Ne serait-il pas tout à fait désarmé si
on le rendait à la nature ?
L'eau et le carburant s’épuisent, et à contre-cœur, nous regagnons
Porto Rico à quelque 300 kilomètres de là.
Lorsque la Calypso arrive à quai à San Juan de Porto Rico, en ouvrant
le journal local, le San Juan Star, nous voyons, avec stupeur, la photo de
Christobald, à qui un pêcheur de San Juan donne une sardine. Ainsi, pendant
neuf jours, Christobald a vécu sa vie et a eu, sans doute, du mal à trouver
sa nourriture. Il a parcouru au moins 100 milles marins, de Mona à
San Juan, puis, probablement affamé, s’est « rendu » au premier homme
rencontré, un pêcheur dans sa barquette à un mille du port seulement.
Deuxième miracle, le pêcheur, au lieu de le harponner ou de l’assommer,
a eu la bonne idée de le faire monter dans sa barque, en lui offrant une
sardine et en lui mettant un nœud coulant autour du cou ! Sans le connaître
encore, je nourris de l’estime pour le dénommé Juan Médina. Un reporter
du Star vient dimanche soir : comme il ne paraît pas très coopératif, j’envoie
ma femme Simone et Michel à la recherche du pêcheur et des gens qui ont
acheté l’otarie. Après des péripéties incroyables au Club Nautique où on
refuse tout net de donner le nom et l’adresse de l’acquéreur, ils finissent par
débrouiller l’énigme. C’est une Madame W... Simone et Michel sonnent chez
elle. Ils sont assez mal reçus, mais arrivent à obtenir un rendez-vous pour
moi à 6 heures du soir.
J’y vais avec Michel, et on m’a prévenu que j’aurai besoin de déployer
« tout mon charme ». En effet : je sonne, bien que la porte soit ouverte.
Un type assez agressif, en tenue débraillée, gros ventre en avant, apparaît.
Naïvement, j’attaque : « M. W... sans doute ». « Pas du tout », répond-il,
nettement hostile. J’ai gaffé, Mme W... est divorcée, son mari vit à New
York. Sentant l’échec, je force la place. Avec un large sourire et des mots
aimables, j’entre et me dirige vers le salon. Sans le laisser souffler, j’attaque
