LIBRES DANS LA MER 75
Et les voici qui reviennent jouer avec les hommes dans leur paradis
sous-marin. C’est le plus beau moment d’une amitié.
Le retour à bord de la Calypso est un spectacle encore plus extraordinaire. Pepito et Christobald grimpent sans aucune aide l’échelle des
plongeurs. Ils rentrent chez eux comme rentrent Raymond Coll et Albert
Falco, qui encore dans l’eau au pied de l’échelle, regardent en souriant les
deux otaries se hisser comiquement en avançant une nageoire puis l’autre.
Pepito et Christobald conscients d’être admirés se retournent vers les plongeurs et l’un d’eux lance un bref aboiement d’allégresse et d’amitié.
Cette scène si exceptionnelle et qui dénote une parfaite entente entre
l’homme et les animaux dissipe enfin tous les scrupules que j’avais eus à
Seal Island en faisant prisonniers nos deux amis. Je suis justifié. Nous avons
fait la preuve que la présence de l’homme parmi les otaries à fourrure ne
signifie pas forcément pour eux la mort. La preuve est faite que l’homme et
les mammifères marins peuvent vivre ensemble, en amis loyaux et affectueux,
si l’homme le veut.
Les travaux et les jours
L’essentiel est désormais acquis, et je suis persuadé qu’il n’y a plus
grand danger de voir les otaries nous quitter. C’est à notre tour de leur
faire confiance. Elles vont participer à notre vie dans la mer, devenir nos
compagnes de plongée et leur attachement doit être de plus en plus grand.
Je souhaitais, maintenant, voir les deux mammifères marins, non seulement accompagner les plongeurs, mais aussi collaborer à leurs travaux au
fond de l’eau. Mais je voulais que cela se fit spontanément, sans contrainte.
Aussi, les plongeurs purent-ils emmener avec eux, quand ils le souhaitaient,
les otaries au cours de leurs interventions sous-marines.
Tout au long de cette période, il a été difficile de distinguer, dans bien
des cas, ce qui était du travail et ce qui était du jeu. Sans doute, pour Pepito
et Christobald, il n’y avait guère de différence. Il n’en allait pas tout à fait
de même pour nos plongeurs : leur travail en profondeur les obligeait à
observer des paliers au cours de la remontée, mais les otaries, comme tous
les mammifères marins, peuvent faire surface instantanément, sans redouter
aucun accident physiologique.
Les otaries avaient adopté un divertissement qu’elles aimaient particulièrement, c’était la glissade sur le toboggan. En effet, nous pouvons
installer à l’arrière de la Calypso une longue glissière qui facilite la mise
à l’eau rapide de nombreux plongeurs. Lorsque Pepito et Christobald
Précédent

- 76/307

Suivant