74 COMPAGNONS DE PLONGEE
Le tout est de savoir si plongeurs et otaries ont établi, entre eux, le même
genre de rapports qui existent depuis longtemps entre l’homme et le chien.
Falco et Coll renoncent à monter dans les chalands qui les attendent,
et après s’être munis d'une provision de calmars, ils invitent Pepito et
Christobald à les suivre dans la mer, en se jetant de la plate-forme de
plongée de la Calypso. C'est un rêve qu’ils caressent depuis longtemps.
Nous n’avons pris qu’une précaution : la laisse de chaque otarie se
termine par un flotteur rouge qui doit nous aider à les retrouver en cas de
fuite. Mais ils sont libres.
Falco et Coll descendent jusqu’au fond, qui se situe à une quinzaine
de mètres. Ils attendent. Ils voient descendre vers eux, dans un nuage de
bulles, les otaries, moustaches hérissées. Manifestement, elles les cherchent.
Alors commence un grand rodéo au milieu du corail. Un ballet merveilleux
au cours duquel Pepito et Christobald, chaque fois qu’ils passent à portée
des mains des plongeurs, sont caressés, gratifiés de morceaux de calmars et
attirés, peu à peu, vers l'ancien enclos, où les jeux sous-marins reprennent.
Le moment est venu de faire à Pepito et Christobald une confiance
totale. J’ai senti instinctivement que notre programme était couronné de
succès, le jour où Coll et Pepito, Falco et Christobald ont nagé sans incident
depuis la Calypso jusqu’à l’enclos. Je savais que nous étions prêts pour la
dernière épreuve de confiance, le moment où l’homme et le mammifère
marin seraient inséparables et totalement libres dans la mer.
Les filets délimitant l’enclos sont ramenés à bord de la Calypso. J’ai
demandé aux plongeurs de bien vérifier leur équipement, et je discute avec
Michel Deloire des techniques de tournage au ralenti et de l’emplacement
des caméras sous l’eau.
Pour Pepito et Christobald, c’est un matin comme les autres. Et le
matin, cela signifie pour eux une promenade avec leurs amis, mais aussi
une distribution de calmars. Ils ne savent pas encore qu’aujourd’hui ils
nageront sans harnais et sans laisse, et que leur petit parc privé a pris,
maintenant, les dimensions de la mer tout entière.
Les préparatifs sont bientôt terminés. Les filets ont été remontés, le
poste de surveillance à bord et les canots sont en place. Impossible, maintenant, de renoncer à l’épreuve. Les sentiments des hommes de la Calypso
vont de l’inquiétude à l’espoir.
Pepito part, suivi de Coll. Falco et Christobald partent ensemble.
Les deux otaries remontent à la surface presque immédiatement, comme
si elles voulaient s’orienter, ainsi que le font les otaries du Cap lorsqu’elles
sont en liberté et qu’elles veulent se diriger vers la pleine mer. Leurs amis
Falco et Coll ne peuvent qu’attendre et espérer.
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