60 COMPAGNONS DE PLONGEE
Les officiers américains nous accueillent chaleureusement et nous montrent toutes leurs installations qui sont très compliquées. Ils sont directement
reliés à Houston (Texas), le centre d’information de la Nasa. Ascension est,
en effet, la première station d’observation après le lancement effectué aux
Etats-Unis.
Les Américains nous emmènent visiter l’île en jeep. Le sommet est
constitué par un plateau assez verdoyant où sont disséminées quelques
fermes. C’est le seul endroit où il pleut. Des nuages, des cottages, du gazon,
le palais du Gouverneur, c’est une enclave très anglaise, entourée par la
technologie américaine.
Comme nous redescendons vers la côte, les jeeps s’arrêtent brusquement.
Nos hôtes nous montrent une lampe rouge qui vient de s’allumer au-dessus
d’un cratère. Il est 3 heures moins 7. A 3 heures, une trappe s’ouvre, et,
dans un sifflement assourdissant, une fusée jaillit de son silo souterrain. Il
paraît qu’il y a un lancement par jour.
Nos amis américains nous parlent d’une épave qui se trouve très près
de notre mouillage. Nous lui consacrons une visite : c’est une ferraille sans
âge et sans intérêt. Il doit y avoir bien d’autres épaves au voisinage de cette
île, située en plein Atlantique et qui a été utilisée comme escale par bien
des marins depuis quatre siècles. Mais nous ne sommes pas là pour faire
de l’archéologie. Mieux vaut se consacrer à la pêche pour nourrir les otaries.
L’expérience que nous avons faite à Sainte-Hélène nous donne de
grands espoirs. Nous décidons de faire une nouvelle pêche de nuit. Nous
immergeons une grosse lampe. Bientôt, des sardines innombrables brillent
de toutes leurs écailles contre la coque de la Calypso. Une fois de plus, c’est
une pêche miraculeuse. En quelques instants, Christian Bonnici et le docteur
prennent vingt kilos de poissons. Tout le monde s’y met et dix volontaires,
du haut du pont, jettent des hameçons, sans même y fixer un appât.
Raymond Coll est le champion de cette deuxième pêche au lamparo.
Il prend le salabre, descend sur la plate-forme de plonge qui se trouve à
l’arrière de la Calypso, et, à chaque coup d’épuisette, attrape tant de sardines
qu’il ne peut pas les soulever. Cela suffit, les frigos sont pleins. Les otaries
ont de quoi manger pendant tout le reste de la traversée. Elles se régalent
déjà de tous les poissons vivants et frétillants que Michel Bernard a lâchés
dans leur piscine.
Et dire que la pêche est un sport que nous n’aimons pas pratiquer
à bord de la Calypso. Nous ne la pratiquons pas pour nous-mêmes. Et
encore moins la chasse sous-marine. Les otaries nous font transgresser nos
principes. Dorénavant, elles pourront manger leurs 10 kilos de poissons par
jour. C'est la bonne ration.
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