LE VOYAGE INATTENDU 45
Pour tenter de faire manger nos pensionnaires, nous installons, audessus de leur piscine un va-et-vient, qui leur promène un poisson sous le
nez. Pepito 1 arrache, puis le laisse tomber dans le bassin. Nous accrochons
le poisson plus haut, même manège. Notre va-et-vient n’incite pas davantage
Pepito et Christobald à manger. Du moins, nous les amusons et espérons
que leur captivité est ainsi moins pénible.
Nous perfectionnons le jeu. Nous plaçons, sous le fil du va-et-vient
l’escabeau dont Gaston se sert pour entrer dans la soucoupe plongeante,
lorsqu’elle est sur la plage arrière. Nous accrochons le poisson très haut
au-dessus de ce tabouret, et nous l’agitons. Il suffit de 5 minutes à Pepito
pour comprendre. Le voilà sur le tabouret. Il attrape le poisson, le croque,
mais laisse retomber les morceaux. Nous sommes navrés.
Deux personnalités
Nous sommes depuis huit jours en mer. Et les otaries ne mangent
toujours guère.
Bonnici et Sumian entrent dans la piscine, tapent le poisson sur la
surface, le posent sur le nez de Pepito, le poussent un peu entre ses petites
dents pointues... parfois, il le leur arrache des mains. Et nous nous disons
tous « Ça y est, il va manger ». Mais il laisse tomber à l’eau les morceaux
déchiquetés. Après plusieurs essais de ce genre, 5 à 6 kilos de poissons
jonchent le fond du bassin et il faut nettoyer.
Une seule particularité à noter : Christobald essaye d’établir son
autorité en empoisonnant la vie de Pepito. Au moment des tentatives de
repas que nous nous efforçons de faire à heure fixe, il se jette sur chaque
poisson, ne le mange pas, mais le dérobe à Pepito qui, sans lui, l’aurait
peut-être avalé.
Leurs deux caractères se dessinent. Pepito est déjà plus affectueux,
manifestement attaché à Raymond Coll et volontiers facétieux. Christobald
est plus brutal, plus méfiant, mais d’une vitalité et peut-être d’une « intelligence » plus grandes.
Je mesure mieux, maintenant, au onzième jour de captivité, tout le
chemin à parcourir pour arriver à une entente confiante avec des mammifères marins qui sont pourtant relativement proches de nous, dont la taille
est voisine de la nôtre, et dont le psychisme est relativement parent du
nôtre.
Je ne voudrais, à aucun prix, en faire des animaux dressés, des animaux
Précédent

- 46/307

Suivant