242 COMPAGNONS DE PLONGEE
pour observer les animaux vivants. Bonnici met le hors-bord en route et
l’oumiak, à faible allure, évolue entre les floes. Prezelin serre dans ses bras
le bébé morse qui ne semble guère souffrir de son état d’orphelin. 11 pousse,
de temps à autre, des gloussements. Il doit déjà avoir faim. Mais le contact
avec le corps humain et les caresses le rassurent étrangement. Il se calme.
Nous nous dirigeons vers un très grand troupeau couché sur la glace.
Les animaux sont tellement serrés les uns contre les autres qu’ils semblent
être entassés sur deux couches.
Tout en avançant doucement, moteur au ralenti, nous mettons notre
tactique au point. Il s’agit de faire d’abord un passage le plus près possible
de la glace, tandis que tourneront les caméras, puis nous reviendrons pour
tenter quelques gros plans sur la glace. En dernier, nous verrons si des
prises de vues sous-marines sont possibles.
Instruits par l’expérience, nous savons que ces îlots flottants sont
souvent entourés d’une plate-forme immergée où l’oumiak risquerait de
toucher. Un des plongeurs penché sur l’étrave est chargé de veiller à ce
qu’il y ait une profondeur suffisante.
Nous commençons par défiler à un mètre de l’îlot. Les morses nous
regardent et nous les regardons. Les caméras ronronnent. Peu à peu, l’inquiétude passe comme une onde sur le troupeau. De place en place, les têtes,
les défenses, les corps se dressent et, d’un seul coup, la moitié des animaux,
ceux qui sont les plus proches de nous, se jettent à l’eau. Le glaçon bascule
sous notre quille, le fond brusquement se soulève. A l’arrière, le moteur
hors-bord a touché. En un instant, nous sommes au sec.
Nous voilà immobilisés, pris au piège. L’oumiak s’est couché, presque
complètement hors de l’eau. Tout près, une cinquantaine de morses sont
rangés en demi-cercle. Les uns continuent leurs rêves en grognant. D’autres
se lèvent. Ils se mettent en route de leur démarche maladroite mais relativement rapide. Je ne peux détacher mes regards des longues défenses qui
forment une rangée de poignards blancs, tous parallèles. Derrière les
défenses, les cous musculeux, énormes se plissent rythmiquement. Ils chargent, pesamment, irrésistiblement, et ils meuglent. Ils sont si près que,
dans quelques secondes, ils vont pouvoir planter leurs défenses dans les
peaux de l’oumiak.
A cet instant précis, le petit orphelin que nous avons oublié se met
à crier de toutes ses forces. Il est trop petit pour rugir. Il pousse un cri
aigu, un cri d’enfant en détresse. Aussitôt, tous les morses qui avançaient,
menaçants, s’arrêtent pile.
Il monte de leurs rangs des meuglements plus doux. Ils se dandinent,
indécis, les cous fléchissent, les défenses s’abaissent. Ils se couchent. Je
pour observer les animaux vivants. Bonnici met le hors-bord en route et
l’oumiak, à faible allure, évolue entre les floes. Prezelin serre dans ses bras
le bébé morse qui ne semble guère souffrir de son état d’orphelin. 11 pousse,
de temps à autre, des gloussements. Il doit déjà avoir faim. Mais le contact
avec le corps humain et les caresses le rassurent étrangement. Il se calme.
Nous nous dirigeons vers un très grand troupeau couché sur la glace.
Les animaux sont tellement serrés les uns contre les autres qu’ils semblent
être entassés sur deux couches.
Tout en avançant doucement, moteur au ralenti, nous mettons notre
tactique au point. Il s’agit de faire d’abord un passage le plus près possible
de la glace, tandis que tourneront les caméras, puis nous reviendrons pour
tenter quelques gros plans sur la glace. En dernier, nous verrons si des
prises de vues sous-marines sont possibles.
Instruits par l’expérience, nous savons que ces îlots flottants sont
souvent entourés d’une plate-forme immergée où l’oumiak risquerait de
toucher. Un des plongeurs penché sur l’étrave est chargé de veiller à ce
qu’il y ait une profondeur suffisante.
Nous commençons par défiler à un mètre de l’îlot. Les morses nous
regardent et nous les regardons. Les caméras ronronnent. Peu à peu, l’inquiétude passe comme une onde sur le troupeau. De place en place, les têtes,
les défenses, les corps se dressent et, d’un seul coup, la moitié des animaux,
ceux qui sont les plus proches de nous, se jettent à l’eau. Le glaçon bascule
sous notre quille, le fond brusquement se soulève. A l’arrière, le moteur
hors-bord a touché. En un instant, nous sommes au sec.
Nous voilà immobilisés, pris au piège. L’oumiak s’est couché, presque
complètement hors de l’eau. Tout près, une cinquantaine de morses sont
rangés en demi-cercle. Les uns continuent leurs rêves en grognant. D’autres
se lèvent. Ils se mettent en route de leur démarche maladroite mais relativement rapide. Je ne peux détacher mes regards des longues défenses qui
forment une rangée de poignards blancs, tous parallèles. Derrière les
défenses, les cous musculeux, énormes se plissent rythmiquement. Ils chargent, pesamment, irrésistiblement, et ils meuglent. Ils sont si près que,
dans quelques secondes, ils vont pouvoir planter leurs défenses dans les
peaux de l’oumiak.
A cet instant précis, le petit orphelin que nous avons oublié se met
à crier de toutes ses forces. Il est trop petit pour rugir. Il pousse un cri
aigu, un cri d’enfant en détresse. Aussitôt, tous les morses qui avançaient,
menaçants, s’arrêtent pile.
Il monte de leurs rangs des meuglements plus doux. Ils se dandinent,
indécis, les cous fléchissent, les défenses s’abaissent. Ils se couchent. Je
