230 COMPAGNONS DE PLONGEE
sont très bavards dans l'eau. Nous avons immergé des hydrophones, et nous
avons entendu un concert extraordinaire que nous avons enregistré. Ce sont
des craquements, des claquements très caractéristiques des morses en plongée
et qui sont perceptibles à de grandes distances.
Prezelin a plongé à un moment où les hydrophones s’emplissaient de
cris. C’est tout juste s’il a aperçu deux morses, alors que dans les environs
des dizaines d’autres, dispersés au fond tout autour de l’oumiak « parlaient »
entre eux.
Chez les baleines à bosse, les Mégaptères, il s’agit d’un chant. Chez
les morses, c’est un cri qui commence très haut et qui descend. J’ai émis
l’hypothèse que les morses se servaient de cette fréquence variable comme
d’un véritable sonar* à modulation de fréquence, ce qui est le dernier mot
de la technologie. Ce sonar leur permet, je suppose, de repérer les obstacles.
Dans le détroit de Béring, entre la couche de glace qui flotte en surface
et le fond plat, les cris se répercutent : on les entend à plusieurs kilomètres
de distance.
— C’est le concert le plus extraordinaire que j'aie jamais entendu dans
l’eau, dit Bonnici qui a pourtant souvent écouté le chant des baleines.
Il y a cependant plus impressionnant encore, c’est le glapissement des
phoques de Wedell enregistré dans l’Antarctique par Cariton Ray : c’est
une longue plainte qui évoque le hurlement des loups.
A armes égales
L’Arctique est le seul pays au monde où les rapports entre l’homme
et l’animal soient encore justes. J’entends par là que les grands mammifères
ne sont pas encore écrasés, foudroyés par l’homme, malgré l’introduction
des fusils et l’emploi des moteurs hors-bord. Il n’y a pas encore cette
tragique disproportion entre chasseur et chassé, qui pèse si lourdement sur
la vie animale d’Afrique et d’Asie. C’est que dans les régions polaires, la
nature s’interpose entre la puissance de l’homme et le destin des animaux.
Elle joue en faveur de la bête.
La neige, la tempête, le brouillard cachent au chasseur ses victimes.
Les intempéries le frappent durement, la mer le menace, le froid le paralyse.
Mais ses proies s’y sont adaptées depuis plus longtemps et bien mieux que
lui. Ainsi, les chances restent à peu près égales.
J’ai souvent pensé à tout cela au cours de cette dure expédition lorsque,
tremblant de froid, recroquevillés au fond de l’oumiak, dans le fracas du
sont très bavards dans l'eau. Nous avons immergé des hydrophones, et nous
avons entendu un concert extraordinaire que nous avons enregistré. Ce sont
des craquements, des claquements très caractéristiques des morses en plongée
et qui sont perceptibles à de grandes distances.
Prezelin a plongé à un moment où les hydrophones s’emplissaient de
cris. C’est tout juste s’il a aperçu deux morses, alors que dans les environs
des dizaines d’autres, dispersés au fond tout autour de l’oumiak « parlaient »
entre eux.
Chez les baleines à bosse, les Mégaptères, il s’agit d’un chant. Chez
les morses, c’est un cri qui commence très haut et qui descend. J’ai émis
l’hypothèse que les morses se servaient de cette fréquence variable comme
d’un véritable sonar* à modulation de fréquence, ce qui est le dernier mot
de la technologie. Ce sonar leur permet, je suppose, de repérer les obstacles.
Dans le détroit de Béring, entre la couche de glace qui flotte en surface
et le fond plat, les cris se répercutent : on les entend à plusieurs kilomètres
de distance.
— C’est le concert le plus extraordinaire que j'aie jamais entendu dans
l’eau, dit Bonnici qui a pourtant souvent écouté le chant des baleines.
Il y a cependant plus impressionnant encore, c’est le glapissement des
phoques de Wedell enregistré dans l’Antarctique par Cariton Ray : c’est
une longue plainte qui évoque le hurlement des loups.
A armes égales
L’Arctique est le seul pays au monde où les rapports entre l’homme
et l’animal soient encore justes. J’entends par là que les grands mammifères
ne sont pas encore écrasés, foudroyés par l’homme, malgré l’introduction
des fusils et l’emploi des moteurs hors-bord. Il n’y a pas encore cette
tragique disproportion entre chasseur et chassé, qui pèse si lourdement sur
la vie animale d’Afrique et d’Asie. C’est que dans les régions polaires, la
nature s’interpose entre la puissance de l’homme et le destin des animaux.
Elle joue en faveur de la bête.
La neige, la tempête, le brouillard cachent au chasseur ses victimes.
Les intempéries le frappent durement, la mer le menace, le froid le paralyse.
Mais ses proies s’y sont adaptées depuis plus longtemps et bien mieux que
lui. Ainsi, les chances restent à peu près égales.
J’ai souvent pensé à tout cela au cours de cette dure expédition lorsque,
tremblant de froid, recroquevillés au fond de l’oumiak, dans le fracas du
