PRINTEMPS ARCTIQUE 231
moteur et le sifflement du vent, secoues par la lame, au petit jour, nous
revenions difficilement vers Gambell. Nous avions déjà les mains et les pieds
glacés, et nous savions qu’en approchant il nous faudrait franchir, une fois
de plus, la ceinture des glaces de pression avec la quasi certitude que l’un
de nous enfoncerait la jambe ou une bonne partie du corps dans cette eau
couleur de plomb, d’où il faudrait extirper l’oümiak.
Encore ne faisions-nous cela qu’à titre exceptionnel. Nous savions qu’à
plus ou moins brève échéance, nous retrouverions nos villes au climat
tempéré, et surtout les bords de la Méditerranée, où la plongée est facile
dans les eaux tièdes.
Mais les Eskimos ? Eux luttent depuis 10 000 ans contre ces tempêtes,
ce froid. Et ils sont toujours gais. Ils n’ont même pas, comme nous l’avons
fait en Europe, massacré les grands mammifères, compagnons de la neige
et de la glace, sans lesquels ils n’auraient pu vivre. Ils ont su sauvegarder
un équilibre écologique.
Richesse de l’Arctique
Combien de fois n’avons-nous pas maudit ce climat ? Nous n’avions
pas la sagesse et la patience des Eskimos, qui rient lorsque le vent les oblige
à n’avancer que courbés en deux, ou lorsqu’il fait voler, avec les rafales de
neige, les peaux de morse qui sont tendues sur leur cadre pour sécher. Il en
faut beaucoup pour qu’un Eskimo perde son calme sous les coups que lui
porte la nature.
Il sait que cette nature a accordé à peu d’hommes autant de richesses
vivantes. Car, par un paradoxe extraordinaire, ce pays maudit est aussi celui
où les ressources animales sont abondantes et encore presque intactes.
Les animaux à sang chaud se sont merveilleusement adaptés à ces dures
conditions de vie, au point que certains ont fait des régions arctiques et
subarctiques leur habitat d’élection et leur refuge. Les phoques, les cétacés,
les morses y trouvent une nourriture plus abondante qu’ailleurs. Pour beaucoup de mammifères marins, ces eaux glaciales constituent le garde-manger
de la mer.
Les mammifères terrestres, eux aussi, ont trouvé dans les régions froides
du Nord, un habitat où ils prospèrent remarquablement. Ils accroissent
leur protection thermique avec l’hiver, épaississant considérablement leur
Ce patriarche refusait de se laisser déloger et multipliait les manœuvres d intimidation.
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