UNE ILE PRISONNIERE DU FROID 189
ils expérimentèrent leurs appareils en filmant des morses qui, maintenant,
se déplaçaient en eau libre au voisinage de Gambell. Ils réussirent à les
côtoyer d’assez près en plongée. Cet équipement à oxygène en circuit fermé
a, en effet, l’avantage d’être silencieux dans l’eau, et le souffle du plongeur
ne monte pas vers la surface en colonne de bulles, ce qui évite d’effrayer
les animaux. Il est aussi plus léger et plus facile à transporter dans un oumiak
que les bouteilles d’air comprimé. Enfin, dans les mers glaciales, ces appareils
offrent un avantage supplémentaire : le plongeur respire de l’oxygène enfermé
dans le même circuit, et qui a ainsi le temps de se réchauffer à la chaleur
des poumons. Ce gaz paraît donc beaucoup moins froid que l’air comprimé
des bouteilles.
En revanche, l’oxygène sous pression ne permet pas de descendre
au-delà de 8 à 10 mètres de fond, sous peine d’accident grave : perte de
conscience, nausée, etc.
Ron Church, Prezelin et Dorado firent deux plongées à l’oxygène, qui
fournirent d’utiles enseignements. Bien que nous connaissions les avantages
et les inconvénients de ces appareils, que nous avons bien souvent employés
pour l’approche des animaux : les loutres, les otaries, les pieuvres, nous ne
les avions encore jamais utilisés dans les mers polaires.
L’équipe de reconnaissance a connu de grandes difficultés avec les
caméras en raison du froid.
Le tournage dans l’Arctique pose de nombreux problèmes : la condensation sur l’équipement et entre les objectifs et les filtres, ainsi que le risque
de corrosion de tous les éléments internes des caméras.
Le plus difficile était de changer le film de la caméra sous-marine. Il
fallait rentrer l’appareil tous les jours après le tournage. Il devait se réchauffer
pendant 3 à 4 heures avant qu’on puisse l’ouvrir sans risque de condensation. Mais si on le rechargeait à l’intérieur d’une maison, la condensation
se formait sur toutes les pièces, et dehors, cette humidité se transformait en
glace. C’était un désastre.
La solution consistait à laisser en permanence la caméra dehors, et à
ne rentrer que le magasin dans un sac plastique.
Les hommes et les morses
Pendant des milliers d’années, les Eskimos de l’île Saint-Laurent ont
attendu leur salut de la migration de printemps des morses.
Ce rocher recouvert par les glaces a été jusqu’à ces dernières années
le pays de la faim, comme l’ont été toutes les régions polaires. L’homme y
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