188 COMPAGNONS DE PLONGEE
la quille, heureusement sans crever la peau. Dans cette mer glacée, à plus
de 40 milles de Gambell, tomber à l’eau offre peu de chances de survivre.
Les Eskimos auxquels cette aventure arrive, de temps à autre, ont leur
technique pour échapper à la mort si leur bateau est percé. Ils s’installent
sur un glaçon flottant sur lequel ils tirent leur embarcation au sec, et ils la
réparent. Si l’oumiak a coulé, leur seule chance de salut est d’escalader un
iceberg, et d’y vivre assez longtemps pour atteindre la terre ou rencontrer
d’autres bateaux eskimos.
A Gambell, on raconte l’histoire d’un groupe de chasseurs dont l’oumiak a été détruit dans un « accident » de ce genre. Ils ont mis deux ans
à revenir dans leur village. Ils ont survécu en fabriquant des vêtements pour
se protéger du froid, avec les peaux et les intestins des morses qu’ils ont
pu tuer, et en consommant leur graisse et leur viande. Finalement, leur île
flottante a été poussée par les courants dans la région de Bristol Bay, d’où
ils sont revenus à pied jusqu’à Gambell. Même sous ce terrible climat,
l’homme n’est donc jamais tout à fait condamné : il peut échapper à la mort,
encore faut-il qu’il soit capable de réaliser tout ce que savent faire les
Eskimos, car la survie n’est pas seulement une affaire de résistance, mais
d’expérience et de connaissances soutenues par une inaltérable confiance.
Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder opérer Vemon. Il a réussi
à faire basculer sur la glace le grand corps de la femelle morse. Il l’a ouvert
avec son couteau coupant comme un rasoir, il a prélevé la peau et les
défenses, dégagé de grands filets de viande, enlevé l’estomac et l’intestin
qui servent à de nombreux usages. L’opération n’a guère duré plus de deux
heures. Aucun étranger n’aurait pu faire aussi vite et aussi bien. Vemon
a travaillé les mains rouges et nues dans le froid. Toute la dépouille est
soigneusement rangée par tas sur la glace, puis elle est chargée dans l’oumiak.
Elle représente certainement plus de 150 kilos.
Ron Church, Prezelin, Dorado, fascinés, regardent Vemon travailler.
Ils s’aperçoivent, tout à coup, que le brouillard est de plus en plus épais.
Retour difficile à Gambell, dans la lueur blême de la nuit polaire,
louche et poisseuse. Il est plus de minuit.
Appareil à oxygène
L’équipe de Ron Church a d’abord utilisé des scaphandres ordinaires
à air comprimé, mais il leur fallait faire aussi l’expérience dans ces eaux
très froides, des appareils de plongée à oxygène, en circuit fermé.
Dès que les bouteilles à oxygène leur eurent été apportées par avion,
la quille, heureusement sans crever la peau. Dans cette mer glacée, à plus
de 40 milles de Gambell, tomber à l’eau offre peu de chances de survivre.
Les Eskimos auxquels cette aventure arrive, de temps à autre, ont leur
technique pour échapper à la mort si leur bateau est percé. Ils s’installent
sur un glaçon flottant sur lequel ils tirent leur embarcation au sec, et ils la
réparent. Si l’oumiak a coulé, leur seule chance de salut est d’escalader un
iceberg, et d’y vivre assez longtemps pour atteindre la terre ou rencontrer
d’autres bateaux eskimos.
A Gambell, on raconte l’histoire d’un groupe de chasseurs dont l’oumiak a été détruit dans un « accident » de ce genre. Ils ont mis deux ans
à revenir dans leur village. Ils ont survécu en fabriquant des vêtements pour
se protéger du froid, avec les peaux et les intestins des morses qu’ils ont
pu tuer, et en consommant leur graisse et leur viande. Finalement, leur île
flottante a été poussée par les courants dans la région de Bristol Bay, d’où
ils sont revenus à pied jusqu’à Gambell. Même sous ce terrible climat,
l’homme n’est donc jamais tout à fait condamné : il peut échapper à la mort,
encore faut-il qu’il soit capable de réaliser tout ce que savent faire les
Eskimos, car la survie n’est pas seulement une affaire de résistance, mais
d’expérience et de connaissances soutenues par une inaltérable confiance.
Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder opérer Vemon. Il a réussi
à faire basculer sur la glace le grand corps de la femelle morse. Il l’a ouvert
avec son couteau coupant comme un rasoir, il a prélevé la peau et les
défenses, dégagé de grands filets de viande, enlevé l’estomac et l’intestin
qui servent à de nombreux usages. L’opération n’a guère duré plus de deux
heures. Aucun étranger n’aurait pu faire aussi vite et aussi bien. Vemon
a travaillé les mains rouges et nues dans le froid. Toute la dépouille est
soigneusement rangée par tas sur la glace, puis elle est chargée dans l’oumiak.
Elle représente certainement plus de 150 kilos.
Ron Church, Prezelin, Dorado, fascinés, regardent Vemon travailler.
Ils s’aperçoivent, tout à coup, que le brouillard est de plus en plus épais.
Retour difficile à Gambell, dans la lueur blême de la nuit polaire,
louche et poisseuse. Il est plus de minuit.
Appareil à oxygène
L’équipe de Ron Church a d’abord utilisé des scaphandres ordinaires
à air comprimé, mais il leur fallait faire aussi l’expérience dans ces eaux
très froides, des appareils de plongée à oxygène, en circuit fermé.
Dès que les bouteilles à oxygène leur eurent été apportées par avion,
