a toujours été dans une situation précaire : à la limite de la survie. C’est ce
qui lui a donné son acharnement à vivre, son habileté de chasseur, son
courage. Gambell est maintenant ravitaillé par avion, mais combien parmi
les quelque 70 000 Eskimos qui vivent encore dans l’Arctique, ont dû ou
devront encore leur salut au morse, au phoque providentiel, au « seigneur
ours ». La grande affaire de l’homme des hautes latitudes, c’est la faim.
Aussi, le passage des morses en migration est-il l’aventure de l’année. La
chasse est comme autrefois l’événement majeur. Une fête qui coïncide avec
cette autre fête : le printemps.
La migration a généralement lieu entre le 10 et le 30 mai, selon le
temps. Cela peut se passer la nuit, comme ce fut le cas cette année-là : une
véritable flotte d’animaux apparut soudain, encombrant le détroit.
La chasse aux morses peut se poursuivre jusqu’à la première semaine
de juin, mais souvent à cette époque il ne passe plus guère de morses en
migration : ce sont surtout de grands troupeaux de phoques qui arrivent et
qui fournissent également des ressources appréciables.
La population totale des morses de l’Arctique n’est pas considérable.
Après 200 ans de chasse, elle est passée de 500 000 têtes à un total actuel
de 70 000. Pourtant, l’espèce efficacement protégée par la législation internationale n’est plus menacée d’extinction, comme elle le fut autrefois. Un
certain équilibre biologique s’est établi entre les Eskimos et les morses. En
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